GLYPHOSATE : MENSONGES ET MANIPULATIONS ?

Une étude menée par des chercheurs indépendants révèle les cas de fraude scientifique ayant mené à la commercialisation du glyphosate dans les années 1970. Selon eux, les agences de régulation continuent d’autoriser cette molécule sur la base de preuves biaisées ou de conclusions réinterprétées.

Une bombe à fragmentations : voici l’effet que devrait avoir cette étude publiée en avril 2016 dans la sérieuse revue scientifique « Frontiers in Environmental Science », en plein débat sur la toxicité du glyphosate, le principe actif du tristement célèbre herbicide Roundup de Monsanto. Une équipe de chercheurs indépendants a épluché la littérature scientifique des 40 dernières années (le glyphosate a été mis sur le marché dans les années 1970) ainsi que les archives des agences (études et rapports d’évaluation du risque). Ce qu’ils ont découvert est effarant. Ils affirment que des cas avérés de fraude scientifique (fausses conclusions, manipulation de données) ont conduit à la commercialisation du glyphosate.

Le glyphosate ne serait pas un composé chimique : il existerait PLUSIEURS variations, qui ont potentiellement des effets toxiques très différents. Comme l’expliquent les auteurs, « le terme générique « Glyphosate » est utilisé sans distinction dans les publications scientifiques, et renvoie à plusieurs composés chimiques, dont les propriétés diffèrent significativement du sel de glyphosate [la molécule active des herbicides] ». Les scientifiques affirment que l’industrie agrochimique a entretenu la confusion dans leurs études en ne fournissant pas aux laboratoires en charge de l’évaluation les bons composés, c’est-à-dire ceux réellement utilisés dans les champs par les agriculteurs. Ils affirment que les firmes seraient allées jusqu’à dissimuler certains composés – adjuvants, additifs ou résidus – en les déclarant comme « substances inertes » alors qu’ils peuvent être plus toxiques que la molécule elle-même. Cette étude révèle ainsi que l’industrie agrochimique aurait sciemment complexifié les données des recherches, mais aussi que les agences de régulation seraient parfois incompétentes, voire complaisantes : « Par exemple, des conclusions d’études ont été modifiées, l’importance sanitaire [de la molécule] a été exagérée, et ce sont les mauvaises molécules de glyphosate qui ont été testées. »
Paradoxe inquiétant : alors que le glyphosate est de plus en plus toxique, ces instances n’ont fait qu’augmenter les limites maximales de résidus (LMR) autorisées, exposant de plus en plus la population. « Si les politiques s’appuyaient sur des faits scientifiques, la preuve d’une plus forte toxicité devrait conduire à la diminution des LMR. Dans le cas du glyphosate, c’est le processus inverse : l’augmentation de la toxicité a été corrélée à une augmentation de la LMR », notent-ils.

Lire l’étude (en anglais) > http://journal.frontiersin.org/article/10.3389/fenvs.2016.00028/full

Pulvérisation glyphosate