Projet Anti Frelon Asiatique : des tests in situ

POLLINIS a effectué une visite de terrain sur l’île de Groix. Deux méthodes de détection des nids de frelons asiatiques ont été testées “grandeur nature” de jour comme de nuit.

L’arrivée du frelon asiatique en France en 2004 provoque depuis une surmortalité des colonies d’abeilles noires déjà fragilisées par les pesticides, la monoculture et une introgression génétique qui progresse à grande vitesse.

La reproduction des frelons est impressionnante : sur l’île de Groix par exemple, un seul nid a été trouvé en 2014. Un an après, treize ont été détruits et au moins sept sont encore actifs et non localisés précisément. Certains sont situés haut dans les arbres, d’autres à hauteur d’homme, cachés dans une végétation dense, ce qui pose problème pour les randonneurs ou chasseurs éventuels.

Le week-end des 21 et 22 novembre, Hacène Hebbar, coordinateur des projets chez POLLINIS, s’est rendu sur l’île de Groix avec Jérémie Laurent, l’un des trois ingénieurs polytechniciens au sein du projet Anti Frelon Asiatique, pour y effectuer les tests des systèmes de localisation des nids de frelons asiatiques. Ils ont été accueillis par Marcelle et Christian Bargain, en charge du Conservatoire d’abeilles noires de l’île de Groix.

Hacène Hebbar (directeur des projets chez POLLINIS) et Jérémie Laurent (ingénieur du projet)

Hacène Hebbar (directeur des projets chez POLLINIS) et Jérémie Laurent (ingénieur du projet)

Cette visite de terrain avait pour objectif de vérifier deux des diverses méthodes de localisation des nids de frelons asiatiques que POLLINIS souhaitait tester : la détection par la chaleur via une caméra infrarouge, et la détection sonore par le bruit du battement d’ailes via un micro de haute qualité. Il s’agissait par ailleurs de récupérer un nid inhabité pour poursuivre d’autres expériences de destruction.

Le repérage infrarouge a été testé de nuit puis de jour sur des nids vivants repérés auparavant grâce à la vue dégagée offerte par la chute des feuilles en cette saison. La chaleur du nid est restée indétectable dans l’environnement, même en approchant la caméra à très faible distance du nid. La détection sonore n’a pas été plus probante avec le micro à moins d’un mètre du nid. Cette solution semble de plus très sensible au bruit du vent, qui parasite les sons que peuvent émettre les frelons. Les deux méthodes ne sont donc pas assez fiables pour une détection rapide et efficace des nids de frelons, souvent installés en hauteur dans les arbres ou cachés sous le feuillage à la période où ils sont les plus actifs.

Ces tests « grandeur nature » n’avaient semble-t-il encore jamais été effectués. Ils permettront de réorienter correctement la recherche.

Pour en savoir plus :

Essais à Montpellier : tests de la méthode de destruction des frelons

Les ingénieurs polytechniciens du projet, Jérémie LAURENT, Guillaume LOSFELD et François ESPINET, travaillent sur plusieurs pistes de destruction des nids de frelons asiatiques.

Le projet de départ impliquait un système fonctionnant avec des micro-ondes, qui s’est révélé propre et efficace, mais qui aurait été compliqué et cher à mettre en œuvre, sans parler d’une difficulté potentielle à faire homologuer un système à émission d’ondes en milieu naturel…

Une autre voie en phase finale d’exploration – qui répond aux différents impératifs d’efficacité, de sécurité et de coût de revient -porte sur l’insufflation d’air à haute température.

Les essais menés à Montpellier avaient pour objet de tester le comportement des frelons asiatiques en réponse à de l’air chaud insufflé et déterminer la température létale. Il en ressort que les frelons ne semblent pas capables de fuir face à l’air chaud, ce qui est très encourageant. Toutefois, ces expérimentation ont eu lieu dans des boîtes, et il reste à tester la réaction des frelons dans un nid. Autre observation : les frelons asiatiques semblent fortement attirés par la lumière, ce qui pourrait être utilisé pour attirer les frelons vers les sources d’air chaud.

Les essais de température létale sont également rassurants : une mort rapide (environ 10 secondes) des frelons est assurée à des températures seulement supérieures à 50°C. Aucune exception n’a été relevée.

Le prototype qui est en cours de réalisation permettra de tester cette technique sur des nids à grande hauteur dans les arbres ou à hauteur d’homme mais cachée à plusieurs mètres sous de la végétation dense comme observée sur l’île de Groix.

Guillaume et François, deux ingénieurs du projet, attrapent des frelons asiatiques devant les ruches, pour mener les tests.

Guillaume et François, deux ingénieurs du projet, attrapent des frelons asiatiques devant les ruches, pour mener les tests.