Création de la FEdCAN

Une douzaine de Conservatoires de l’abeille noire et POLLINIS s’associent pour défendre l’abeille locale, en créant la Fédération européenne des Conservatoires de l’abeille noire (FEdCAN).

Mi-décembre à Pantin, le monde de l’apiculture traditionnelle connait une petite révolution, à laquelle POLLINIS est fière de participer. La première fédération francophone rassemblant les conservatoires d’abeille noire, voit le jour. La FEdCAN s’est donnée pour but de promouvoir et de préserver cette abeille endémique d’Europe de l’ouest. Car l’abeille noire est non seulement menacée par les pesticides, les parasites ou le frelon asiatique – comme toutes les autres abeilles – mais elle risque en plus de perdre son patrimoine génétique unique à force d’hybridations avec des variétés d’abeilles domestiques importées. Des variétés qui ont, actuellement, la préférence de l’immense majorité des apiculteurs professionnels.

Les membres fondateurs de la FEDCAN lors de la réunion le 16 décembre 2015.

Les Conservatoires fondateurs de la FEdCAN et une partie de l’équipe de POLLINIS lors de la réunion le 16 décembre 2015.

La création de la FEdCAN est donc un moment historique et porteur d’espoir pour ce pollinisateur méconnu. C’est aussi un tour de force. Les précédentes tentatives d’unir les différents conservatoires, notamment celle menée en 2010 par l’association Terre d’abeille, avaient toutes échouées. Il faut dire qu’unifier une douzaine de conservatoires d’abeilles noires disséminés aux quatre coins du pays – et dirigés par d’irréductibles passionnés – n’a pas été une mince affaire. « Ce fut un véritable défi de rassembler autour d’une table les différentes visions de la préservation de l’abeille noire », indique Nicolas Laarman, délégué général de POLLINIS.

Comment fédérer autour d’un projet commun ceux qui vendent la production de leurs ruches pour financer la préservation de l’espèce et ceux qui considèrent que récolter le miel est une action qui modifie l’environnement des abeilles ? Ceux qui souhaitent opérer une sélection des abeilles (pour ne garder que les plus « performantes »), et ceux qui s’y opposent formellement ? Et Nicolas Laarman de résumer : « Pour réussir ce petit exploit, qui a nécessité plusieurs mois de travail, les équipes de POLLINIS se sont mobilisées autour de cette idée qui rassemble tous les conservatoires : si on ne fait rien, l’abeille noire Apis melifera melifera ne tardera pas à disparaître ». L’affirmation n’a rien d’alarmiste puisqu’en Allemagne, l’abeille noire n’existe déjà plus à l’état sauvage.

Une douzaine de membres fondateurs

Pour éviter cette catastrophe écologique, le projet de fédération a été porté par une douzaine de conservatoires, réunis avec le concours de POLLINIS. Certains conservatoires sont des établissements d’enseignement apicole, ou des Centres d’Études Techniques Apicoles (CETA), qui se sont constitués en conservatoires de l’abeille noire. Depuis le lancement de la FEdCAN, ces membres fondateurs se réunissent régulièrement afin de rédiger le plus rapidement possible une charte commune définissant un ensemble de bonnes pratiques qui s’appliqueront à tous. Ils définissent aussi les conditions d’adhésion de nouveaux membres éventuels : conservatoires bien sûr, mais aussi des structures partenaires comme POLLINIS, qui pourraient fournir un soutien financier, administratif ou logistique.

L’autre rôle de cette nouvelle fédération est de faciliter l’échange d’informations entre les différents conservatoires. Il peut s’agir d’une technique qui a fait ses preuves pour lutter contre le frelon asiatique, ou bien d’une manière naturelle d’éliminer un parasite de l’abeille. Pour Yves-Elie Laurent, « plus les conservatoires seront nombreux et plus grande sera la diversité génétique de l’abeille noire. Car l’environnement des abeilles a une influence directe sur leur développement ». L’abeille noire du conservatoire d’Île-de-France n’a ainsi pas le même patrimoine génétique que celle des Boutières en Ardèche.

Un comité scientifique est chargé de piloter le volet scientifique de la charte de la FEdCAN avec à sa tête le meilleur spécialiste de l’abeille noire, Lionel Garnery du CNRS de Gif-sur-Yvette, qui a été élu président de la FEdCAN. Selon ce généticien : « Pour éviter l’introgression des essaims d’abeilles noires (le transfert de gènes d’une autre espèce vers le pool génétique des abeilles noires), une zone de sept kilomètres de diamètre, soit la distance d’un vol de bourdon, doit être délimitée autour du premier rucher. Dans ce périmètre, les membres de l’association doivent travailler avec les apiculteurs pour éviter qu’ils n’installent, même de manière provisoire, des abeilles d’espèces importées. »

Les abeilles noires, précieuses butineuses locales. Photo : Thierry Vezon.

Les abeilles noires, précieuses butineuses locales. Photo : Thierry Vezon.

Un vide juridique autour de l’abeille noire

Ces mesures de préservation, aussi simples soient-elles, ne sont pourtant pas faciles à appliquer : le seul moyen de créer une zone préservée, où aucune autre abeille ne puisse être installée, est d’obtenir une réglementation qui l’interdise. Actuellement, seuls les trois conservatoires situés sur les îles d’Ouessant, de Groix et de Belle-Île, bénéficient d’arrêtés municipaux interdisant l’importation de ruchers. Il faut dire que l’isolement d’une île, ou d’une vallée, facilite la préservation de son écosystème.

Mais la vaste majorité des conservatoires sont rapidement confrontés à l’absence de législation protégeant l’abeille noire. POLLINIS a donc commandé au juriste Pierre Barois, spécialiste du droit de l’environnement, une étude (à lire ici bientôt) qui explore différentes pistes pour la protection juridique d’Apis mellifera mellifera ou des conservatoire eux-mêmes.

POUR EN SAVOIR PLUS

> Lire l’interview avec Monsieur Abeille Noire, Lionel Garnery, sur la préservation de ce « bien commun de l’humanité ».

> Télécharger la fiche thématique sur l’abeille noire.