Le projet : La lutte biologique par conservation comme alternative aux pesticides
POLLINIS soutient l’association EAT (European Agricultural Transition), dans son projet de création d’un observatoire pour mesurer les bénéfices de l’usage de la lutte biologique par conservation pour les agriculteurs et les pollinisateurs. Ce modèle vise à favoriser les organismes vivants déjà présents dans l’écosystème, notamment en mettant en place des conditions favorables au développement d’espèces prédatrices et parasites, qui régulent naturellement les ravageurs (plantation de haies, de mélanges floraux, de bandes enherbées…)Jacquet et al., 2022 (p. 118).. Une approche préventive, à l’opposé des techniques de lutte basées sur des intrants chimiques, qui n’anticipent pas l’apparition des ravageurs.
Cette observatoire s’inscrit dans le cadre d’un projet coordonné par l’INRAE (Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement). Celui-ci vise à établir une stratégie permettant de déployer davantage ces alternatives aux pesticides dans les champs français, en institutionnalisant ces méthodes et en proposant des outils permettant aux agriculteurs de se les approprier.
Dans ce cadre, l’association EAT, soutenue par POLLINIS, est chargée de :
- identifier des fermes qui pratiquent la lutte biologique par conservation, pour créer un réseau d’agriculteurs souhaitant participer à l’étude
- recueillir un ensemble d’informations sur ces fermes (activités, taille, méthodes alternatives aux pesticides utilisées…), pour les cartographier
- analyser les pratiques agricoles de ces fermes selon plusieurs indicateurs, pour mesurer l’efficacité des méthodes employées, les effets bénéfiques pour les pollinisateurs et les conditions à remplir pour que les agriculteurs intègrent cette méthode dans leurs pratiques.
Au-delà de ce projet, l’association EAT a vocation à soutenir, à l’avenir, d’autres initiatives pour promouvoir une agriculture sans pesticides et une transition vers l’agroécologie.
La problématique : Sortir d’un modèle dominé par l’agrochimie, centré sur l’utilisation de produits
Depuis des siècles, de nombreux agriculteurs intègrent la lutte biologique par conservation dans leurs fermes. La méthode a fait ses preuves. Elle est sans risques pour la santé car elle n’utilise aucun produit toxique. L’usage de ces techniques est même extrêmement bénéfique pour la biodiversité, notamment pour les pollinisateursHolland et al., 2017.. Comparé à l’usage de pesticides chimiques, cette méthode semble également présenter des coûts moins élevés pour les agriculteurs qui s’en saisissentNaranjo et al., 2019..
Plusieurs expériences concrètes tendent déjà à montrer l’énorme potentiel de l’usage de la lutte biologique par conservation à grande échelle :
- Aux Pays-Bas, en 2004, un projet de développement de bandes fleuries sur une surface de plus de 300 kilomètres carrés a conduit à la réduction de 90 % de l’usage des insecticides dans les cultures de pommes de terre et de blé environnantes. Au terme de l’étude, cette expérimentation s’est prolongée par la création d’une coopérative agricole, qui compte aujourd’hui plus de 80 agriculteurs, avec des bandes fleuries élargies à un territoire de 500 kilomètres carrésJacquet et al., 2022 (p. 121-122)..
- Dans plusieurs pays d’Afrique de l’Est, la plantation combinée de plantes attractives et répulsives pour des larves nuisibles du maïs et du sorgho a également montré des résultats très prometteurs. En 2016, la méthode était pratiquée par environ 125 000 agriculteurs de la région, notamment au Kenya. En plus de réduire fortement la présence de ces insectes qui causent d’importants dégâts dans les cultures céréalières, la présence de ces nouvelles plantes s’est parfaitement intégrée dans le mode de production des agriculteurs, qui les utilisent comme fourrage pour leur bétail. Cette solution est aussi particulièrement économique, car elle repose sur des plantes locales facilement disponibles et non sur des intrants chimiques coûteuxKhan et al., 2000..
Pourtant, l’appropriation de cette méthode par les agriculteurs reste limitée, car elle diffère grandement des approches issues de l’agriculture conventionnelle. Cette dernière implique la culture d’un nombre très limité d’espèces, sélectionnées davantage pour leur productivité que pour leur résistance et implantées à grande concentration, ce qui favorise l’apparition de ravageurs et organise la dépendance aux pesticidesJacquet et al., 2022 (p. 59-60)..
Les alternatives aux pesticides sont souvent abordées avec un schéma de pensée directement hérité de ce modèle agrochimique : les solutions non-chimiques devraient être des intrants commercialisables, de préférence utilisables avec des équipements agricoles conventionnels, avec une efficacité curative importante à court terme. Une logique centrée sur les produits, qui invisibilise les méthodes centrées sur le Vivant, comme la lutte biologique par conservationJacquet et al., 2022 (p. 122-123).. Bien que ces techniques aient prouvé leur efficacité, elles ne sont donc que très peu soutenues par les politiques publiques et les investissements privésNaranjo et al., 2019..
Dans ce contexte, le projet de l’association EAT contribue à lever les obstacles à l’appropriation de la lutte biologique par conservation par un grand nombre d’agriculteurs. En fédérant un réseau, ce projet facilite l’entraide et le partage de connaissances. En mesurant l’efficacité des différentes méthodes employées, il contribue aussi à la production de savoirs dont les agriculteurs pourront se saisir.
Le protocole : Créer un observatoire de la lutte biologique par conservation
Le projet mené par l’association EAT se déroule en plusieurs étapes :
- Identification d’un réseau d’agriculteurs, avec l’objectif d’en recenser une centaine en 5 ans
- Enquêtes et analyses détaillées des pratiques des fermes sélectionnées, selon une grille comprenant une cinquantaine de critères agronomiques, écologiques, économiques et sociologiques.
- Création d’une base de données permettant de cartographier les exploitations à l’échelle nationale, dans un format public et interactif
- Évaluation de l’impact de la lutte biologique par conservation sur la biodiversité dans les parcelles (échantillonnage de pollinisateurs et autres auxiliaires des cultures, pour mesurer leur abondance et leur diversité)
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