Biotechnologies génétiques / Pesticides ARNi

Pesticide génétique : à qui a vraiment profité la dérogation d’urgence pour le Calantha?

Alors que la période d'autorisation d’urgence accordée par la Belgique pour le Calantha - un insecticide d’un genre nouveau - a pris fin le 28 août dernier, POLLINIS soulève plusieurs interrogations quant aux motifs ayant conduit à cette demande, au seul profit du fabricant américain, GreenLight Biosciences.  

Date : 10 septembre 2026

En mai dernier, la Belgique accordait une autorisation dérogatoire pour le Calantha, en s’appuyant sur l’article 53 du règlement (CE) n° 1107/2009. Ce pesticide contient du Ledprona, une substance active non approuvée en Europe et dont les risques environnementaux (à long terme) sont toujours en cours d’évaluation.

La justification officielle ? Répondre à une situation d’urgence face au doryphore de la pomme de terre. 

Pourtant, selon les informations et documents obtenus par POLLINIS : 

  • Le pesticide n’a pas été vendu : durant les quatre mois de dérogation, les distributeurs belges affichant la référence du produit ont confirmé qu’ils ne l’avaient pas proposé à la vente. POLLINIS dénonce le détournement du droit européen en faveur d’une manœuvre commerciale ;
  • Les régions n’ont pas confirmé la nécessité de ce pesticide : dans le cadre de la procédure, sur les trois régions sollicitées, seule la Wallonie a rendu un avis, en indiquant l’absence d’urgence à autoriser le produit ;
  • Les producteurs de pomme de terre n’étaient pas non plus demandeurs ;
  • Le fabricant du Calantha a fait appel à un cabinet de conseil épinglé dans les Monsanto Papers pour élaborer l’argumentaire qui justifie la nécessité agronomique et économique d’autoriser d’urgence le Calantha.

« Cette absence totale d’utilisation du Calantha sur le terrain renforce l’hypothèse d’une manœuvre réglementaire. La dérogation semble avoir servi de prétexte à une expérimentation grandeur nature du pesticide en Wallonie, offrant un pied dans la porte pour les fabricants sur le marché européen. L’article 53 a été dévoyé pour contourner l’évaluation scientifique et introduire un pesticide génétique jamais testé en Europe », dénonce Nayla Ajaltouni, chargée de plaidoyer chez POLLINIS. 

En mai, POLLINIS et Nature & Progrès Belgique ont saisi le Conseil d’État belge pour contester cette autorisation d’urgence. La procédure suit son cours et les associations attendent désormais que le Conseil d’État statue sur leur demande et saisisse la Cour de justice de l’Union européenne concernant l’usage abusif de l’article 53.