Abeilles / Pollinisateurs Sauvages

ADOPTEZ DES ABEILLES SAUVAGES ET FAITES UN GESTE POUR LA BIODIVERSITÉ !

Les abeilles sauvages sont les reines de la pollinisation. On sait aujourd’hui qu’elles fécondent près de 70% des plantes à fleurs et sont indispensables à la production d’innombrables cultures agricoles. Ce service naturel, vital pour notre avenir, est menacé. Des conseils pour venir en aide aux abeilles sauvages dans votre jardin.

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Date : 8 avril 2013
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À part l’abeille domestique et les bourdons, la plupart des abeilles sauvages sont invisibles pour les non-spécialistes. Elles ne vivent pas en essaim ; elles ne produisent pas de miel en rayons ; elles n’ont pas de ruche mais aménagent des sortes de nids dans le sol, dans les trous des murs, dans les tiges séchées et les brindilles creuses – voire même, dans une coquille d’escargot. Autant dire qu’il faut avoir l’œil pour repérer l’évolution de leurs populations.

Et pourtant, ces abeilles sauvages, dont il existe plus de 900 espèces recensées en France – et plus de 20 000 espèces à travers le monde – assurent à elles seules la pollinisation et la reproduction de près de 80 % des plantes à fleurs et permettent la production et la qualité d’innombrables récoltes à travers le monde. Les scientifiques pensent que ce service incalculable de pollinisation, offert depuis 140 millions d’années environ par les insectes pollinisateurs, est aujourd’hui menacé.

Une enquête menée par Jacobus Biesmeijer et William Kunin, de l’université de Leeds au Royaume-Uni, et une équipe de chercheurs britanniques, allemands et néerlandais a confirmé que la menace était sérieuse.Parallel Declines in Pollinators and Insect-Pollinated Plants in Britain and the Netherlands. J. C. Biesmeijer, S. P. M. Roberts, M. Reemer, R. Ohlemüller, M. Edwards, T. Peeters, A. P. Schaffers, S. G. Potts, R. Kleukers, C. D. Thomas, J. Settele, W. E. Kuninsciencemag En étudiant différentes zones en Grande-Bretagne et aux Pays-Bas, les scientifiques ont constaté que les abeilles sauvages paient le plus lourd tribut, avec une baisse de 52 % de leur diversité dans le premier cas et de 67 % dans le second, par rapport à la situation précédant 1980. Les chercheurs ont constaté après cette date une chute de la diversité des abeilles dans 52% des zones étudiées au Royaume Uni et dans 67% des zones étudiées aux Pays-Bas. Et en parallèle, un fort déclin de la diversité des plantes pollinisées par ces abeilles.

Les scientifiques sont inquiets. L’étude suggère que le déclin de quelques espèces peut déclencher une cascade d’extinctions locales parmi d’autres espèces associées. Pour Bernard Vaissière de l’INRA, qui étudie les abeilles sauvages et la pollinisation depuis 30 ans, les raisons de ce déclin « Abeilles, pollinisation et biodiversité », paru dans la revue « Abeilles et Cie » en 2005, et signé par Bernard Vaissière, Nicolas Morison et Gabriel Carré.observable un peu partout en Europe et à travers le monde, sont multiples. Pour les abeilles sauvages, il s’agit essentiellement d’une conséquence du remembrement et de la fragmentation des habitats naturels de ces abeilles (Steffan-Dewenter et Tschantke 1999 ; Steffan-Dewenter et al. 2002). Et pour l’ensemble des espèces, c’est-à-dire pour les abeilles domestiques, les bourdons et les abeilles sauvages, il faut incriminer les changements de rotation – la réduction des surfaces de légumineuses fourragères par exemple – l’intensification des pratiques agricoles (Banaszak 1995) et les applications de plus en plus fréquentes et nocives de pesticides (Keven 1977 ; O’Toole, 1993).

Bernard Vaissière demande depuis plusieurs années déjà que les tests nécessaires pour obtenir l’homologation des pesticides au niveau européen soient adaptés aux abeilles et pollinisateurs sauvages. Pollinis prépare une grande campagne de sensibilisation sur ce thème. Mais en attendant…

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Comment aider les abeilles sauvages dans votre jardin ?

Pour aider toutes les abeilles – les centaines d’espèces d’abeilles solitaires, qui peuvent potentiellement peupler votre jardin, votre verger, votre potager ou vos champs, vous pouvez à votre niveau :

  1. Augmenter les sources de nectar et de pollen en plantant des fleurs natives, des herbes et des variétés traditionnelles. En les groupant (un mètre carré minimum), vous pourrez faire profiter les abeilles d’un véritable festin, et vous leur donnerez une bonne raison de rester dans les parages.
  2. Ne pas stériliser votre jardin, laisser un coin du jardin sauvage, retarder le moment où vous allez tondre votre pelouse au printemps, pour leur laisser savourer les fleurs de trèfles, les boutons d’or, et toute les petites fleurs qui poussent en abondance d’un bout à l’autre du pays. La floraison des mauvaises herbes, avant l’ouverture des arbres fruitiers, étant une précieuse source de nourriture pour elles, il est utile d’ensemencer des fleurs sauvages.
  3. Réduire ou éviter l’utilisation des pesticides (insecticides, herbicides et fongicides) autour des plantes en floraison.
  4. Donner un toit aux abeilles solitaires « hors-sol » en proposant un habitat qui leur convienne pour les encourager à s’y installer et à y faire leur nid. Les abeilles solitaires, de la famille des Megachilidae, cherchent des cavités hors-sol. Leurs nichoirs sont très basiques : il s’agit uniquement d’une série de tunnels, costauds, solides, parfaitement protégés pour résister à la pluie et aux changements de températures extrêmes. Vous pouvez fabriquer vous-même un abri, ou l’acheter directement sur Internet. Dans un cas comme dans l’autre, POLLINIS vous conseille d’aller explorer le site www.abeillessauvages.com. Pour réussir à maintenir une belle population d’abeilles sauvages dans votre jardin, il y a des détails à ne surtout pas négliger.

Les petit refuges à abeilles sauvages de Monsieur Betts

Paul Betts étudie les abeilles solitaires depuis près de 10 ans, au fond de son jardin en Picardie. Ce passionné, biochimiste et féru de nature, fabrique des abris à abeilles sauvages qu’il teste chez ses voisins agriculteurs et maraîchers, et dans son réseau d’arboriculteurs du sud de la France avec qui il développe des techniques pour « repeupler » la France en abeilles locales.

C’est un projet très ambitieux. « Je me suis demandé s’il était possible d’augmenter méthodiquement la population des abeilles sauvages ; de faire comme les apiculteurs, d’encourager leur reproduction, leur « enracinement » sur un terrain, en leur proposant des sortes de nichoirs spécialement adaptés à leurs besoins.

Pendant des années, il va alors observer, bricoler, expérimenter, tester différentes conceptions de nichoirs et de tunnels, de matériaux et de structures différentes, pour comprendre les besoins de ces précieux insectes, et arriver aujourd’hui à fabriquer différents « refuges » et « chalets » à abeilles sauvages, parfaitement adaptés.

Il entretient aujourd’hui une populations de 2500 « cocons » d’abeilles sauvages et solitaires sur son terrain. Et obtient des résultats tout aussi impressionnant chez les arboriculteurs qui ont adopté sa méthode et ses conseils, et qui ont compris l’intérêt de soigner les super pollinisateurs présents à l’état naturel sur leurs terrains.

L’enjeu est de taille : 250 à 600 osmies (abeilles maçonnes) par hectare d’arbres fruitiers seraient capable d’accomplir le même travail de pollinisation que deux ruches d’abeilles contenant plus de 40 000 abeilles au plus fort de la saison !

N’hésitez plus : amis horticulteurs, maraîchers, amoureuses et amoureux des jardins et de la nature, adoptez des abeilles sauvages et favorisez la biodiversité en installant chez vous un chalet qui corresponde au mieux à leurs attentes.

LES REFUGES À ABEILLES SAUVAGES DE PAUL BETTS