Victoire d’étape : l’Assemblée nationale vote l’interdiction des pesticides tueurs d’abeilles !

Dans la nuit du jeudi au vendredi 18 mars 2016, au terme de deux heures de discussion, les députés ont adopté, par 30 voix contre 28, l’article 51 quaterdecies sur les pesticides néonicotinoïdes. Le texte interdit l’utilisation de ces molécules sur l’ensemble des cultures à partir du 1er septembre 2018, via un amendement (n°974) déposé en dernière minute par le député J.P Chanteguet (PS), Président de la commission Développement durable.

Le problème des néonicotinoïdes était encore méconnu il y a un an. Grâce à la pugnacité de certains députés comme Gérard Bapt (PS), Delphine Batho (PS), il est devenu l’un des débats les plus vifs du projet de loi « Biodiversité », pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages, examiné ces jours-ci en deuxième lecture. C’est en soi une victoire.

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Cette victoire politique n’aurait pas été possible sans la mobilisation des citoyens et des associations environnementales. Ainsi, au moins 1,2 millions de citoyens ont signé la pétition de l’association POLLINIS, qui milite depuis 4 ans pour une interdiction totale des néonics en France et en Europe.

Ces deux derniers mois, les sympathisants de l’association, qui se bat pour un changement de modèle agricole, ont envoyé 445 381 messages directement à leurs sénateurs et leurs députés dans le cadre de notre campagne en faveur des amendements « Stop Néonics », dont 166 281 messages en deux semaines seulement aux membres de l’Assemblée nationale.

> Voir ici le top5 des circonscriptions où les citoyens se sont le plus mobilisés.

POLLINIS se réjouit que le texte voté prévoie des « solutions de substitution » à ces substances afin d’accompagner le agriculteurs dans ce changement. Car cette interdiction oblige de le gouvernement à mettre enfin en place une politique de transition vers une agriculture réellement viable pour les agriculteurs et respectueuse de la santé humaine, de la nature et des pollinisateurs dont elle dépend.

L’amendement voté s’appuie en effet sur les principes de la Protection intégrée des cultures (PIC ou IPM en anglais pour Integrated Pest Management), des principes promus par la Commission européenne depuis 2009 et défendus à Bruxelles par POLLINIS. La PIC, un ensemble de pratiques agricoles, impose notamment que les pesticides ne soient employés qu’en cas d’attaque constatée, en quantité minimale et proportionnée à la réalité de l’attaque, en utilisant des produits ciblés et non persistants.

Enfin, si cette interdiction résiste à son passage au Sénat en deuxième lecture, elle permet de faire sauter l’un des verrous du modèle agricole industriel actuel : les néonics sont presque exclusivement vendus sous forme de semences enrobées – et donc forcément utilisés de façon systématique et préventive. Cet usage – qui va à l’encontre des pratiques agricoles promues officiellement par l’Union européenne –  renforce d’une part le problème de résistance des bioagresseurs aux pesticides et d’autre part entraine l’agriculture dans une spirale infernale de dépendance vis à vis de ces produits phytosanitaires chers pour les agriculteurs et dévastateurs pour l’environnement et l’avenir de l’agriculture.

POLLINIS reste mobilisée en France, pour peser de tout son poids lorsque le projet de loi repassera en deuxième lecture au Sénat, et à Bruxelles où le moratoire européen partiel et insuffisant est en cours de révision.