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Alerte fongicides : POLLINIS demande le retrait immédiat des pesticides SDHI

Urgence mobilisation : Les fongicides SDHI sont utilisés massivement dans les champs depuis 2014, mais les risques posés par ces pesticides n'ont pas été correctement évalués. Inquiets, des scientifiques ont lancé l'alerte il y a déjà un an. Face à l'inertie des autorités sanitaires, POLLINIS a décidé d'agir.

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Date : 20 novembre 2018
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Ils ont été sidérés par leur découverte. En 2017, des chercheurs de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), décident de tester dans leur laboratoire des fongicides utilisés en agriculture, les SDHI. Ils découvrent alors que ces molécules, censées tuer uniquement les champignons, agissent aussi sur les cellules humaines, celles des vers de terre et celles des nématodes, la micro faune indispensable à la bonne santé des sols…Avec des conséquences potentiellement désastreuses pour l’homme, les pollinisateurs, et toute la biodiversité.

Ces fongicides bloquent une enzyme, la SDH (succinate déshydrogénase), interrompant la respiration des cellules. Une enzyme qui est présente chez tous les êtres vivants… Chez l’homme, les perturbations de la SDH peuvent provoquer des atteintes neurologiques, des cardiopathies sévères, des tumeurs de la tête et du cou, des cancers.

DES TESTS D’ÉVALUATION OBSOLÈTES

Immédiatement alertée par ces scientifiques, l’ANSES (agence nationale de sécurité sanitaire) ne prend pourtant aucune mesure de retrait préventif. Motif : les molécules ont passé les tests d’homologation, préalables à leur mise sur le marché, et ne présenteraient donc pas de danger. Sauf que ces tests d’homologation se fondent uniquement sur des études fournies par l’industrie elle-même… De plus, selon les chercheurs de l’Inserm, ces protocoles de tests sont obsolètes et ne prouvent aucunement l’innocuité de ces molécules pour les abeilles et la santé.

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Devant le risque sanitaire et environnemental considérable que les protocoles d’homologation actuels ne permettent pas d’évaluer, POLLINIS demande le retrait immédiat des fongicides SDHI, jusqu’à ce que leur toxicité soit réévaluée, et finance des études indépendantes sur les SDHI pour forcer les responsables politiques à agir.

Devant l’inaction des autorités sanitaires, les chercheurs publient alors une tribune dans la presse. L’ANSES finit par annoncer la mise en place d’un comité d’experts, mais ce dernier n’a toujours pas rendu ses conclusions, plus d’un an après l’alerte.

Début octobre, POLLINIS a donc demandé à rencontrer des responsables de l’ANSES, pour connaître l’état d’avancement des travaux et réclamer l’accès aux tests d’homologation des molécules SDHI. Lors de ce rendez-vous, aucune réponse précise n’a été obtenue. La composition du comité d’experts est tenue secrète. Les responsables de l’ANSES assurent également qu’il n’est pas possible d’accéder rapidement à l’ensemble des études d’homologation, pour des raisons de « confidentialité ».

LES SDHI CONTAMINENT LES ÉCOSYSTÈMES

Pendant ce temps, une vingtaine de molécules SDHI sont toujours déversées à grande échelle sur les cultures. C’est le cas du boscalid par exemple, le pesticide le plus présent dans nos assiettes en 2017 selon l’EFSA, l’autorité sanitaire européenne.

En France, 70 % des cultures de blé tendre sont traitées, ainsi qu’un grand nombre de fruits et de légumes. Très difficilement dégradables (selon le registre SAgE pesticides), les SDHI persistent et s’accumulent dans les milieux, contaminant progressivement l’ensemble des écosystèmes. Classifiées comme étant «à faible risque pour les abeilles », ces molécules sont pourtant déjà pointées du doigt dans des épisodes de mortalité de ruchers relevés dans le Bilan Intoxications 2016 du Réseau des Troubles des Abeilles.

Devant l’urgence, POLLINIS a décidé de s’associer à des chercheurs indépendants et, grâce aux  dons de ses sympathisants, de financer au plus vite des études multidisciplinaires sur les SDHI, qui permettront d’en évaluer au plus vite la dangerosité réelle.

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