POLLINIS en 2026 : Intensifions le combat pour le Vivant !

L'équipe de POLLINIS vous présente ses meilleurs vœux pour cette nouvelle année. Après une année de victoires majeures pour les abeilles et la biodiversité, c’est le moment de dresser le bilan de nos actions passées et de présenter les combats à mener pour 2026.

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Date : 9 janvier 2026

 

Meilleurs vœux 2026

En 2025, POLLINIS a franchi un cap décisif. En s’appuyant sur l’expertise juridique et scientifique de nos équipes, nous avons transformé nos actions et nos combats en victoires majeures pour la biodiversité. Retour en arrière sur nos 5 plus belles avancées pour les pollinisateurs et les abeilles sauvages :

→ Une victoire historique pour la biodiversité 

C’est une véritable révolution dans la lutte contre les pesticides : le 3 septembre 2025, la cour administrative d’appel (CAA) a obligé l’État à réformer ses protocoles d’évaluation et d’autorisation des pesticides, afin de les aligner sur les connaissances scientifiques actuelles. Dans le cadre du dossier Justice pour le Vivant (JPLV), porté depuis 2022 par Notre Affaire à Tous, POLLINIS, Biodiversité sous nos pieds, ANPER-TOS et l’ASPAS, la CAA confirme la condamnation de l’État français pour sa responsabilité dans l’effondrement de la biodiversité. Dans un contexte constant d’attaques contre l’environnement, la justice a donné six mois à l’Etat pour présenter un calendrier de révision des autorisations de mise sur le marché des pesticides concernés. Inédite à l’échelle européenne, Justice pour le Vivant pourrait désormais ouvrir la voie à des actions similaires dans d’autres pays membres de l’Union européenne.

→ Une mobilisation citoyenne historique contre les pesticides

L’année 2025 fut indéniablement une année d’action pour les équipes de POLLINIS, qui ont battu le pavé aux côtés des nombreux français mobilisés contre les pesticides. Elle a été marquée par l’engagement massif  des citoyens pour empêcher une régression écologique majeure. Face aux décideurs publics, les voix se sont élevées contre la proposition de loi rétrograde proposée par le sénateur Laurent Duplomb. Signée par plus de deux millions de français, une pétition déposée sur le site de l’Assemblée nationale et largement relayée auprès de nos sympathisants a appelé les députés à écouter les scientifiques. Paysans, syndicats, victimes des pesticides et organisations, dont POLLINIS, se sont rassemblés à plusieurs reprises devant l’Assemblée nationale afin de demander l’abrogation de ce texte. Censée « lever les contraintes à l’exercice du métier d’agriculteur », la loi Duplomb, faisant le jeu de l’agrobusiness, a été adoptée au Parlement le 8 juillet 2025, mais a ouvert la voie, pour la première fois dans l’hémicycle, à un grand débat sur l’usage des pesticides dans nos pratiques agricoles.

→ L’interdiction du retour des néonicotinoïdes tueurs d’abeilles 

Depuis plus de dix ans, POLLINIS se bat sans relâche pour l’interdiction définitive de ces insecticides qui détruisent le système nerveux des abeilles. Face à l’adoption de la loi Duplomb, au mépris de l’intérêt général et aux mensonges de l’agrochimie, nos équipes ont œuvré pour rétablir la vérité juridique et scientifique et ainsi faire censurer les dispositions les plus dangereuses du texte, notamment celle permettant de réintroduire les pesticides néonicotinoïdes. Le 24 juillet 2025, douze organisations (POLLINIS, Générations Futures, Notre Affaire à Tous, la Ligue des Droits de l’Homme, Terre de Liens, CIWF France, le CCFD-Terre Solidaire, Greenpeace France, la Fondation pour la Nature et l’Homme, la Fondation 30 Millions d’Amis, le Réseau CIVAM et Biodiversité sous nos pieds) se sont unies pour déposer une contribution extérieure devant le Conseil constitutionnel, afin de soutenir les saisines des parlementaires. Grâce à cet effort commun, l’article 2 a été jugé contraire à la Constitution. Le Conseil constitutionnel a ainsi rappelé les dangers des pesticides néonicotinoïdes et interdit leur retour dans les champs français.

→ Un rapport scientifique inédit 

Pour la première fois, l’ampleur de la contamination des réserves naturelles en France est mise en lumière par nos équipes. Jusqu’à présent, la pollution par les pesticides dans ces zones, véritables refuges pour les pollinisateurs, n’avait fait l’objet que de très rares études. C’est pourquoi, depuis 2024, les scientifiques de POLLINIS parcourent ces territoires protégés pour y effectuer des prélèvements de sols et de fleurs.  Ces mesures visent à établir la présence de pesticides dans les aires naturelles protégées françaises, évaluer les impacts écologiques de cette contamination et ainsi déployer des actions ciblées pour protéger les insectes pollinisateurs, en collaboration avec les gestionnaires de ces sites. Après une première phase intensive en Occitanie, POLLINIS a étendu son action en 2025 à la région Île-de-France. Ce travail de terrain permet non seulement de mesurer la pollution aux pesticides, mais également d’identifier les substances impliquées. L’analyse de plus de 150 échantillons prélevés dans des réserves naturelles ainsi qu’à l’extérieur de celles-ci a révélé la présence de près de 50 pesticides différents, dont certains interdits depuis longtemps. Au total, un tiers des réserves présentent une contamination par des pesticides. Grâce à ces données, nous disposons de leviers nécessaires pour agir concrètement en faveur de la préservation de la biodiversité dans ces habitats essentiels. 

→ Une victoire juridique contre les  prolongations automatiques d’un fongicide toxique pour les abeilles

Le 19 novembre 2025, POLLINIS a remporté une bataille contre l’agrochimie devant le tribunal de l’Union européenne mettant fin au système de prolongations automatiques d’un fongicide majeur. Jusqu’alors, la Commission européenne accordait des délais supplémentaires de manière systématique ou automatique aux industriels, permettant à des substances actives de rester sur le marché bien après leur date d’expiration initiale. Cette pratique abusive permettait à de nombreux tueurs d’abeilles, comme le boscalid, de continuer à être commercialisés plusieurs années après la fin de leur autorisation de mise sur le marché. Et ce, malgré, la multiplication de preuves scientifiques de leur toxicité et sans nouvelle évaluation des risques. Ce fongicide de la famille des SDHI, fréquemment retrouvé dans les ruches et les écosystèmes, fait l’objet de nombreuses alertes scientifiques, en raison de ses effets délétères sur le Vivant. POLLINIS a dénoncé devant le tribunal de l’UE la cinquième prolongation d’autorisation de mise sur le marché abusive accordée au boscalid. Par la suite, POLLINIS a également attaqué le refus de la Commission de réexaminer la sixième prolongation d’autorisation, accordée pour trois ans. La décision du Tribunal sur ce nouveau recours est en attente.

 

Le combat se poursuit cette année. Les équipes de POLLINIS scientifiques, juristes, chargés de campagnes et de plaidoyer sont déjà sur le pied de guerre pour préparer les prochaines échéances et maintenir nos efforts pour : 

→ Abroger le projet de règlement omnibus sur la sécurité des aliments 

En décembre dernier, la Commission européenne a présenté un texte omnibus sur la « sécurité des aliments ». Sous couvert de simplification, ce texte introduit des dispositions qui auraient pour conséquence de graves reculs environnementaux, tels que la suppression des révisions régulières des autorisations de pesticides, la mise à l’écart de la science dans les procédures d’autorisation, la subordination systématique du principe de précaution aux facteurs économiques, et l’abaissement des nombreux garde-fous dans la règlement des pesticides. Aux côtés d’autres organisations et de scientifiques , POLLINIS a immédiatement réagi. Plus de 100 000 citoyens ont soutenu notre pétition adressée au gouvernement français et aux institutions européennes afin de s’opposer à cette dérégulation. Grâce à une mobilisation massive, la Commission européenne a partiellement revu sa copie, qui doit ensuite être examinée par le Parlement européen et les Etats membres en ce début d’année. Les équipes de POLLINIS sont déterminées à obtenir le retrait total du texte

→ Choisir une alimentation sans OGM

L’accord adopté par les représentants de la Commission européenne, du Parlement et du Conseil début décembre a franchi une étape inquiétante avec la validation d’une majorité des Etats membres le vendredi 19 décembre 2025. Si ce texte est approuvé, la quasi-totalité des plantes issues des nouvelles techniques génomiques (NGT en anglais) seront traitées comme des variétés conventionnelles. Cette décision signifierait la fin de la transparence : les citoyens européens n’auront alors plus la possibilité de choisir une alimentation sans OGM. Le Parlement européen doit se prononcer en 2026. Le texte sera examiné par la commission de l’environnement, de la santé publique et de la sécurité alimentaire (ENVI) en janvier, avant un vote décisif en séance plénière prévu en mars. POLLINIS sera mobilisée pour appeler au maintien d’une réglementation stricte de tous les OGM y compris ceux issus des NGT et à ne pas céder à la course à l’innovation agricole.

→ Garantir l’exécution de notre victoire pour le Vivant

Après notre victoire historique devant la cour administrative d’appel de Paris le 3 septembre 2025, l’Etat et le lobby des pesticides, Phyteis, ont choisi de se pourvoir en cassation. Malgré ce recours, la décision reste pleinement exécutoire : face à un manque de volonté du gouvernement à revoir les procédures d’autorisation des pesticides, POLLINIS et les autres associations de Justice pour le Vivant (JPLV) rappelleront haut et fort que l’Etat est tenu d’appliquer la décision de justice. Les équipes de POLLINIS et la coalition Justice pour le Vivant sont pleinement mobilisées sur le terrain pour interpeller les décideurs publics et leur présenter des propositions concrètes, opérationnelles et scientifiquement étayées, destinées à faciliter l’application de la décision de justice. Les associations de JPLV ont ainsi adressé des demandes prioritaires, basées sur l’expertise de scientifiques spécialisés en écotoxicologie, afin de contribuer à la mise en œuvre de l’actualisation et du réexamen des autorisations de mise sur le marché insuffisamment protectrices de la biodiversité. Ces demandes concernant les pesticides les plus dangereux à réévaluer en priorité, ainsi que des propositions pour renforcer l’évaluation de la toxicité des pesticidesEn l’absence d’action concrète de la part de l’Etat d’ici le 4 mars 2026, la coalition Justice pour le Vivant sera au rendez-vous pour engager la procédure d’exécution de la décision.

→ Défendre l’indépendance de l’ANSES

En septembre 2025, POLLINIS a saisi le Conseil d’Etat pour demander l’annulation d’un décret réduisant l’indépendance de l’ANSES. POLLINIS, Notre Affaire à Tous et Générations Futures ont ainsi déposé deux recours en justice auprès du Conseil d’Etat pour demander l’annulation du décret du 8 juillet 2025 portant diverses dispositions relatives à l’autorisation des produits phytopharmaceutiques. Ce texte permet au ministère de l’Agriculture d’imposer à l’Agence une liste de substances actives à évaluer en priorité . Ce calendrier sera façonné par les intérêts économiques de l’agrobusiness. Ce décret, qui constitue une tentative d’ingérence de la part du ministère de l’Agriculture, menace l’indépendance de l’agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) au profit d’intérêts économiques.

→ Informer les citoyens sur les nouveaux pesticides 

En octobre dernier, l’Union Européenne a franchi un cap critique :  l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a entamé, pour la première fois, l’évaluation d’une demande d’autorisation d’une substance active de pesticide à interférence ARN (ARNi). Cette procédure intervient dans un contexte  où ces nouveaux produits ne sont pas encore commercialisés en Europe, et surtout que les procédures actuelles  d’évaluation des risques ne sont pas adaptées. Parce que le mode d’action des pesticides à ARNi est nouveau et radicalement différent de celui des pesticides chimiques, POLLINIS exige l’application d’un cadre réglementaire spécifique, rigoureux et fondé sur les particularités de ces produits. Après avoir déjà alerté l’EFSA sur l’absence de connaissances fondamentales concernant les risques de ces nouvelles technologies disséminées dans l’environnement, nos équipes lanceront une campagne de mobilisation citoyenne inédite pour obtenir un moratoire sur l’autorisation des pesticides génétiques et la mise en place d’une évaluation des risques adaptée à leurs spécificités, rigoureuse et indépendante. Elles travailleront également à mettre à jour les données existantes à l’aune des dernières avancées scientifiques. Ce travail de fond vise à combler les lacunes scientifiques actuelles, fournies par l’industrie elle-même et à élaborer une base d’arguments solides pour protéger la biodiversité.