Abeilles / Agriculture et Pesticides

CAMPAGNE #STOPNÉONICS : L’interdiction des néonics en France est loin d’être gagnée

Contrairement aux déclarations rassurantes du Premier Ministre, l’interdiction des pesticides néonicotinoïdes en France est loin d’être acquise, selon POLLINIS. La France doit avoir le courage de montrer la voie et faire face à ses obligations de protection des citoyens, de santé publique et d’environnement.

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Date : 29 juin 2017
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Toute l’équipe de POLLINIS est révoltée d’avoir appris sur RMC lundi que le ministre de l’agriculture envisageait de revenir sur l’interdiction des néonics. Le document de travail interministériel révélé par cette radio étudiait la possibilité de supprimer, par ordonnance, certaines restrictions d’usage des néonics. Par un communiqué de presse diffusé lundi après-midi, les services du Premier ministre ont tenté d’éteindre la polémique : « Le gouvernement a décidé de ne pas revenir sur les dispositions de la loi de 2016 ». Il donnait implicitement raison à Nicolas Hulot, ministre de l’environnement, qui avait déclaré un peu plus tôt : « On ne reviendra pas sur des acquis, je veux être le garant de ce que mon prédécesseur a acté. La loi existe. On ne va pas revenir sur la loi ». Cette déclaration lénifiante est en réalité intenable. La loi « pour la biodiversité et la reconquête des paysages », adoptée sous le précédent quinquennat, qui prévoit l’interdiction des néonics à partir de 2018, avec une dérogation possible jusqu’en 2020, devra être amendée. En l’état actuel, elle ne respecte pas le cadre établi au sein de l’UE en matière d’approbation des pesticides. Considérée comme acquise il y a quelques semaines encore, l’interdiction des néonicotinoïdes en France est en réalité sérieusement compromise.

Nous avons été les premiers à tirer la sonnette d’alarme. Dès le 15 juin nous avons lancé une pétition #STOPNÉONICS demandant aux ministres concernés de s’engager à maintenir cette interdiction. Notre pétition a recueilli près de 200 000 signatures et a lancé l’alerte. Malgré le refus de la Commission européenne de nous donner accès à ses avis, nous avons réussi à les obtenir, et avons décidé de les rendre accessibles au public sur notre site. Conformément à la procédure de notification européenne, une nouvelle version du décret d’application de la loi française doit être envoyée à la Commission européenne avant le 3 août prochain. La France pourrait être obligée de faire des concessions importantes pour se mettre en conformité avec le droit européen. Nous craignons que cette nouvelle version conduise à assouplir la loi actuelle qui prévoit l’interdiction totale de tous les néonics.

Le couac public du gouvernement lundi dernier montre qu’au sein du gouvernement aucun consensus n’existe pour interdire les néonics. Alors que de nombreuses preuves scientifiques démontrent la toxicité létale (qui entraîne la mort) et sublétale (qui diminue la capacité d’une population à se maintenir à l’équilibre) de ces substances pour les pollinisateurs, le ministre de l’agriculture a livré sur les ondes un argumentaire pro-néonics bien rodé, qui n’avait rien à envier à celui de l’agro-industrie. Stéphane Travert a ainsi évoqué « des solutions de substitution », avouant ainsi chercher à remplacer des molécules toxiques par d’autres – tout aussi toxiques – et non par des techniques agricoles alternatives et durables. Monsieur le ministre, avez-vous entendu parler d’agroécologie ? De nombreux rapports (INRA, ONU, IPBES…) prouvent que notre modèle agricole peut progressivement se passer de pesticides pour finalement les abandonner, tout en continuant à nourrir ses habitants.

Ces atermoiements et prises de positions contradictoires au sein du gouvernement français sont inquiétantes. La France doit trouver un moyen de maintenir l’interdiction des pesticides néonicotinoïdes. Face à un problème urgent, et lorsque l’Europe manque à ses obligations de protection des citoyens, de la santé publique et de l’environnement, un « État pionnier » doit avoir le courage de montrer la voie pour protéger la France et l’Europe des néonicotinoïdes.