Abeilles / Pollinisateurs Sauvages

Frelon asiatique : chaleur sèche ou vapeur d’eau, deux solutions à l’épreuve

POLLINIS travaille depuis cinq ans au développement d’une solution de lutte sans pesticides pour détruire les nids de frelons asiatiques de manière propre. Après la conception de plusieurs générations de prototypes, deux types d’appareils se sont distingués : ils vont être départagés par des tests grandeur nature.

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Date : 1 juillet 2020
Frelons asiatique nid dans les arbres

Traiter les nids situés très haut dans les arbres, un des défis qu’a dû relever la solution HeatNest de POLLINIS. ©xlatlantique – stock.adobe.com


Face à la nouvelle menace que constitue le frelon asiatique pour les abeilles et les pollinisateurs sauvages en France, POLLINIS s’est lancée, avec le soutien de ses donateurs, dans la conception d’une stratégie de lutte sans pesticides contre cet insecte invasif. L’association a misé sur une méthode naturelle, fondée sur le biomimétisme, en s’inspirant du heat-balling, la stratégie de défense adoptée par les abeilles asiatiques qui s’agglutinent autour d’un frelon et produisent de la chaleur pour venir à bout de leurs assaillants« Hacène Hebbar fait le point sur notre projet anti-frelon asiatique sans chimie »,
17 octobre 2019.
. POLLINIS a eu l’idée d’appliquer cette stratégie, non à l’échelle des frelons individuels, mais à l’échelle des nids entiers. Les derniers développements de ce projet, baptisé HeatNest, sont très prometteurs.

Pour fabriquer des prototypes à moindre coût, POLLINIS a choisi d’adapter des appareils du commerce et d’utiliser les moyens de conception et d’impression 3D dans un atelier de prototypage industriel, UsineIO.

Frederic Wets UsineIO
Frederic Wets (à gauche), directeur scientifique d’Usine IO, a épaulé Hacène Hebbar, qui mène ce projet chez POLLINIS depuis le début.

L’impression 3D est en général utilisée pour créer des prototypes de formes, non fonctionnels. Cependant, POLLINIS voulait disposer de prototypes utilisables en conditions réelles, capables d’endurer les chocs et de multiples tests. Or, le propre des plastiques utilisés en impression 3D est de fondre sous l’effet de la chaleur afin de couler pour créer la forme désirée. Le dispositif HeatNest devait, par définition, résister à la chaleur. À force d’essais de différents plastiques, d’adaptation des techniques d’impression 3D, de révisions du design pour renforcer les pièces au niveau des points de fragilité, POLLINIS est parvenue à obtenir les prototypes solides désirés sans passer par des moules au coût prohibitif à ce stade.

prototype Heatnest 3D
Avant leur fabrication, les prototypes ont bénéficié d’un important travail de modélisation 3D. © DR

En parallèle, au cours de cinq années de recherche en laboratoire, différentes méthodes pour produire et diffuser la chaleur à l’intérieur du nid ont été expérimentées. Elles devaient tenir compte de nombreuses contraintes incontournables : les appareils devaient rester légers, peu coûteux, simples d’utilisation, compatibles avec les perches télescopiques dont disposent déjà les désinsectiseurs pour atteindre les nids de grande hauteur…

Deux prototypes en lice

Aujourd’hui, deux stratégies sortent du lot. La première produit une chaleur sèche, avec un moteur de sèche-cheveux. Plusieurs modèles ont été expérimentés pour trouver le moteur le plus fiable, avec une rotation des ventilateurs la plus rapide. Des ingénieurs partenaires de POLLINIS ont réalisé de savants calculs d’écoulement des fluides qui ont guidé les choix techniques de diffusion de cet air chaud dans le nid. À la sortie de l’appareil, le flux d’air chaud est donc dirigé vers un tube percé de trous sur toute sa longueur. Une pointe à l’extrémité du tube permet de perforer la base du nid et d’y introduire le tube sur toute sa hauteur.

L’air chaud est alors diffusé latéralement via les perforations du tube dans chaque étage du nid, entre les galettes de couvain superposées. À la base du tube, une soucoupe elle aussi perforée permet d’empêcher la fuite des frelons et de diffuser l’air chaud également entre l’enveloppe extérieure du nid et les différents étages de galettes de couvain suspendus à l’intérieur. Ce système peu coûteux et léger a donné de bons résultats sur plusieurs nids. Mais un cas d’« autocombustion » lente est apparu, malgré une diffusion de chaleur bien inférieure au point de combustion de la cellulose.

proto-air
Prototype HeatNest de destruction des nids de frelons asiatiques produisant et diffusant une chaleur sèche. © Hacène Hebbar

POLLINIS a donc cherché une alternative plus sûre : la vapeur d’eau, produite par un steamer comme on en trouve dans les appareils de défroissage de textiles. La vapeur d’eau est diffusée dans le nid là aussi via un tube perforé. Ce second prototype a donné de bons résultats également sur les premiers nids traités et sans risque de départ de feu. Mais il ne peut contenir qu’une petite réserve d’eau (200 ml) afin de rester léger pour une utilisation en hauteur. Il peut ainsi diffuser une vapeur d’eau pendant 12 minutes, ce qui est suffisant dans la plupart des cas, mais peut être limitant pour de très gros nids qui nécessiteront une recharge de l’appareil.

prototype HeatNest à vapeur deau
Prototype HeatNest de destruction des nids de frelons asiatiques produisant et diffusant une vapeur d’eau à haute température. © DR

Seule la multiplication des tests sur le terrain permettra de peser avantages et inconvénients des deux appareils et de déterminer les circonstances favorables à leur utilisation efficace et sûre. C’est pourquoi POLLINIS a fait fabriquer plusieurs exemplaires de chaque prototype et les a offert, dans le cadre d’une convention de partenariat, à des professionnels qui se sont portés volontaires pour les expérimenter sur le terrain tout au long de l’année et dans différentes régions de FranceLire notre dépêcheDes professionnels signent des partenariats avec POLLINIS pour expérimenter HeatNest.

Après chaque utilisation, ces partenaires adresseront à POLLINIS leurs retours d’expériences. Ils utiliseront pour cela le second volet développé par l’association dans sa stratégie de lutte contre le frelon asiatique : l’application de géolocalisation et de signalement des nids, GeoNestLire notre dépêcheGeoNest : POLLINIS lance une appli pour signaler les nids de frelons asiatiques. Toutes ces données seront ensuite analysées en fin de saison afin de perfectionner le meilleur modèle.