Observer, s'adapter

Bernard Barrieu et son épouse Véronique se sont installés à Parisot (Tarn) en 1995. Deux ans plus tard, Bernard Barrieu décide de convertir sa production en bio, par conviction éthique et agronomique mais aussi pour valoriser les produits de la ferme. Il abandonne l’élevage en 2015 et fait de sa ferme des Bouviers une exploitation principalement céréalière de 136 ha, avec un atelier de transformation en farine et un local dédié à la production d’huiles (tournesol, colza, cameline). La ferme génère également de l’électricité grâce aux panneaux photovoltaïques installés sur un hangar.

Dans un département où la question de l’eau est particulièrement sensible et où les sols peuvent être compacts, le choix de l’agriculture biologique n’apparaît pas comme une évidence. Mais la ferme des Bouviers prouve qu’elle reste une possibilité et que mener une exploitation viable en se passant d’intrants phytosanitaires n’a rien d’une utopie. Cependant, Bernard Barrieu pratique et préconise toujours le travail du sol de manière à avoir une vie microbienne. Et contre les plantes indésirables qui ne manquent pas de profiter de ce sol vivant, l’agriculteur choisit d’utiliser la variété des cultures plutôt que l’arme chimique.

Malgré les complexités administratives que génère l’activité de la ferme, Bernard Barrieu reste attaché à un métier qui évolue constamment en fonction du contexte. Observer, s’adapter : retour sur une méthode qui fait ses preuves depuis plus de vingt ans à Parisot.

Caractéristiques de la ferme :

  • Lieu : Parisot (Tarn)
  • Superficie : 136 hectares
  • Date d’installation : 1995
  • Production : blé, petit épeautre, seigle, sarrasin, lentille verte, pois chiche, maïs, soja, tournesol oléique et linoléique, cameline, féverole et colza.

Points forts :

  • Pas d’utilisation de produits phytosanitaires.
  • Semences certifiées fermières produites sur la ferme pour la plupart des cultures.
  • Taille moyenne des parcelles réduite (7 ha) et culture d’une douzaine d’espèces différentes (dont certaines mellifères comme le sarrasin, le colza, le tournesol et la cameline), ce qui permet d’étaler la période de semis et de limiter la présence des mauvaises herbes.
  • Importance des surfaces d’intérêt écologique (arbres, haies multi-étagées) et présence de cinq hectares de prairies naturelles en multi-espèces sans fauche.
  • Ateliers de transformation (farines et huiles) permettant de garder la valeur ajoutée sur la ferme.
  • Présence d’une dizaine de ruches (entretenues par une apicultrice).

Les freins pour la transition agricole :

Pour la ferme :

  • Des sols qui ne sont pas tous fertiles, avec des taux d’argile très bas. « Ici, nous avons un sol de boulbène, du limon très fin et les terres sont battantes [sols qui ont tendance à se désagréger et à former une croûte après un passage pluvieux, ndlr]. […] L’état des sols dépend des parcelles. Certains sont vivants et d’autres sont très tassés, ce qui fait qu’il n’y a pas de vie microbienne et biologique et le fait d’utiliser des produits phytosanitaires n’y change rien. »
  • La menace permanente de la sécheresse, avec, de surcroît, des sols peu profonds.

« Les années de sécheresse sont difficiles. En 2003, nous avons eu une baisse de revenus du fait de la canicule. En plus du fait d’être jeune installé, je n’avais pas les moyens d’acheter du foin car les récoltes avaient été mauvaises. J’ai dû vendre mes génisses. »

 

  • La difficulté à réaliser des associations de cultures. « Je n’en fais plus car ce n’est pas simple pour le tri et la transformation. Les brisures de protéagineux peuvent se retrouver dans la farine ; la cameline peut se charger de terre pendant la récolte et cela trouble l’huile. »

Pour le développement d’une agriculture alternative :

  • La difficulté d’accès aux alternatives.

« L’électroculture me tente bien, je connais quelqu’un qui utilise cette méthode en Alsace. Mais il faudrait que j’y aille pour me renseigner et cela me demanderait de partir pour au moins trois ou quatre jours. »

 

  • Une rentabilité qui passe forcément par la transformation in situ des produits bio. « Pour moi, en agriculture biologique, les cultures sans la transformation ne sont pas tenables, ce n’est pas assez rentable. Ou alors, pour faire vivre deux personnes sans transformation, il faudrait une exploitation de plus de 300 ha, ce qui est beaucoup trop grand à mon avis. »
  • Un équilibre économique menacé si l’offre de produits bio augmente plus vite que la demande. « Tant que l’offre est inférieure à la demande, les prix sont corrects. Mais, même si c’est souhaitable sur le plan alimentaire, j’ai peur que la croissance de la bio nous conduise au même point que dans le conventionnel : avec une augmentation de la production qui ferait baisser les prix. »
  • Le poids accablant des contraintes administratives.

« Mon travail est plus pénible moralement que physiquement. J’ai un gros ras le bol de l’administration, on a beaucoup trop de papiers à faire. On ne fait plus notre travail comme on devrait le faire et on a du mal à digérer qu’on nous explique comment on doit faire notre travail. »

Les leviers pour le changement de modèle :

  • Défendre des modes de production moins rigides. « Je laboure une fois tous les cinq ans mais autrement je n’ai pas de travail type, ni d’assolement type, j’observe la nature et les conditions pédoclimatiques avant tout. Les conditions de semis se jouent par rapport au sol, il ne faut pas semer à tout prix. »
  • Promouvoir la diversification des revenus par l’installation d’unités de production d’énergies renouvelables. « J’ai des panneaux photovoltaïques. J’ai monté une société avec des amis, nous avons en tout 11 hangars. Nous revendons l’électricité à EDF, cela nous permet d’avoir des compléments de revenus. Par exemple, mon bâtiment produit 200 000 kW par an. Pour vous donner une idée, cela représente l’alimentation en électricité pour un an d’une soixantaine de maisons. »
  • Mettre en valeur les bénéfices indirects d’un changement de mode de production agricole.

« Mieux produire, mieux se nourrir, c’est peut-être voir augmenter le prix de son alimentation mais c’est aussi bénéficier d’économies considérables sur les dépenses de santé et la dépollution de l’eau. Il y a bien un nouvel équilibre à trouver. »

 

  • Promouvoir les partenariats avec des organismes de recherche, qui permettent d’accroître le panel de connaissances sur le potentiel de l’agriculture biologique.

Images : V.Chapuis/POLLINIS