Biotechnologies génétiques / Pesticides ARNi
Pesticides ARNi en Europe : POLLINIS réagit à la première demande d’autorisation de la substance active Ledprona
Le 17 octobre, POLLINIS a déposé sa réponse à la consultation publique de l’Agence sanitaire européenne (EFSA), concernant la demande d’autorisation de la substance active Ledprona. L’Union Européenne évalue pour la première fois la demande d'autorisation d'une substance active de pesticide ARNi, sans avoir défini de règles adaptées à ces nouveaux produits.
Mise à jour : Suite à la contribution de POLLINIS à la première consultation publique européenne sur l’autorisation d’un pesticide à ARNi, le Ledprona, les remarques de l’association ont été examinées par les autorités et intégrées dans le projet de rapport d’évaluation de cette substance active. Le mode d’action du pesticide et le délai d’apparition des effets liés à l’ARNi ont notamment été reconnus et pris en compte dans l’évaluation des risques pour les espèces non ciblées, entraînant plusieurs adaptations pour tenir compte de ces particularités. Malgré cette avancée encourageante, POLLINIS continue de se mobiliser pour que l’ensemble des spécificités de ces nouveaux pesticides soient systématiquement intégrées à l’évaluation des risques. C’est pourquoi l’association participera à la nouvelle consultation publique lancée par l’EFSA et continuera à défendre, auprès des autorités européennes, la mise en place rapide de lignes directrices adaptées à ces nouveaux modes d’action et aussi protectrices que possible pour les pollinisateurs et l’environnement.
GreenLight Biosciences, une société de biotechnologie américaine, qui a développé le Calantha, un pesticide ARNi (à interférence ARN), a soumis un dossier de demande d’autorisation du Ledprona . Le Ledprona est la substance active de ce pesticide, déjà autorisé et commercialisé aux Etats Unis pour lutter contre le doryphore de la pomme de terre. Il a été approuvé outre-Atlantique, malgré les doutes sur l’innocuité du produit et les effets potentiels sur les espèces non ciblées, dénoncés par des associations, telles que l’ONG Centre for food safety.
Pour faire approuver sa substance en Europe, l’entreprise a déposé un certain nombre d’études et de données scientifiques, conformément au règlement (CE) n° 1107/2009. Mais, pour POLLINIS ce règlement est inadapté aux spécificités des pesticides à interférence ARN. Les données disponibles ne permettent pas de garantir une évaluation complète et fiable des risques, notamment en ce qui concerne les effets sur les espèces non ciblées, la cinétique d’action retardée et la dégradation environnementale du produit.
De manière générale, étant donné que les pesticides à ARN interférent ont un mode d’action nouveau et radicalement différent de celui des pesticides chimiques, POLLINIS demande à l’Union européenne de refuser la commercialisation de ces derniers tant que des procédures d’évaluation des risques spécifiques et rigoureuses n’auront pas été développées et mises en œuvre.
Charlotte Labauge, chargée de campagnes à POLLINIS alerte « Le Ledprona n’est pas une substance active comme les autres. Les pesticides à ARN interférent – tels que le Calantha – ont un mode d’action nouveau et radicalement différent de celui des pesticides chimiques. L’évaluation de cette substance doit intégrer les spécificités biologiques, écologiques et temporelles propres à ces produits. Or, la réglementation utilisée actuellement pour l’évaluation des pesticides, ne répond aucunement à ces spécificités. Nous ne pouvons prendre le moindre risque et devons appliquer le principe de précaution, qui est inscrit dans le traité sur le fonctionnement de l’UE. Ceci afin d’assurer la protection des insectes pollinisateurs et de la biodiversité.»
POLLINIS estime qu’en l’absence d’un cadre réglementaire spécifique, rigoureux et fondé sur les particularités de ces produits, l’autorisation du Ledprona serait prématurée et potentiellement risquée.
Accédez à l’intégralité de la réponse de POLLINIS à la consultation sur le Ledprona.
POLLINIS a été la seule organisation à apporter sa contribution dans le cadre de cette première demande d’autorisation d’ARNi en Europe.