Agriculture et Pesticides

Plan pollinisateurs : le gouvernement ignore l’avis de ses experts scientifiques

Le gouvernement vient de présenter la version finale de son Plan pollinisateurs et de « l'arrêté abeilles » qui le complète. Les textes n'ont repris aucune des propositions du Conseil national de la protection de la nature (CNPN), dont les experts appelaient pourtant à une révision drastique du volet sur les pesticides.

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Date : 23 novembre 2021

Le rapport est cinglant. Publié au cœur de l’été après la présentation d’une première version du Plan pollinisateurs et de la révision de « l’arrêté abeilles », l’avis du comité d’experts du Conseil national de la protection de la nature (CNPN) dénonçait les multiples lacunes des mesures du gouvernement censées enrayer le déclin des abeilles et des pollinisateurs sauvages.

Ce comité consultatif, rattaché au ministère de la Transition écologique, a pour mission de fournir une expertise scientifique des politiques en matière de conservation de l’environnement et de la biodiversité. Il a rendu le 6 juillet un avis défavorable (16 votes contre, 4 abstentions, et aucun pour) sur la version de travail du Plan pollinisateurs et de l’arrêté qui l’accompagne, appelant à une « révision du contenu ».

Malgré la sévérité de l’analyse et le vote sans appel des experts du CNPN, le gouvernement a présenté le 21 novembre les versions finalisées des deux textes, sans qu’aucune modification notable n’ait été apportée.

Contenu « très décevant »

Sur le fond, l’avis des experts scientifiques comprenait pourtant un nombre considérable de critiques, notamment sur l’axe du plan consacré aux pesticides. Le contenu de cet axe – portant crucial – était jugé « très décevant », en dépit d’une « attente très forte » sur la question de la réduction de l’usage des  pesticides. Pour le CNPN, cet axe aurait du « être réécrit en fixant des objectifs chiffrés et ambitieux de réduction de l’usage des produits phytosanitaires, en fixant le positionnement vis-à-vis des néonicotinoïdes, et en incitant clairement au financement rapide de la recherche scientifique pour des solutions alternatives à l’usage des produits phytosanitaires ».

L’arrêté « abeilles », qui fixe les dispositions réglementaires concernant les pesticides, a également fait l’objet d’une critique sans appel. Le Conseil a notamment pointé « l’incohérence flagrante » du titre de l’arrêté Arrêté relatif à la protection des abeilles et des autres insectes pollinisateurs et à la préservation des services de pollinisation lors de l'utilisation des produits phytopharmaceutiques, qui suppose une compatibilité de la protection des pollinisateurs avec l’épandage de pesticides. Acerbes, les experts ont proposé une réécriture plus réaliste du titre : « Comment protéger les insectes pollinisateurs lors de l’utilisation de produits phytosanitaires destinés à tuer les insectes ! ».

En outre, la proposition de restreindre l’usage les horaires d’épandage de certains pesticides dans les 2 heures qui précèdent le coucher du soleil ou dans les 3 heures qui le suivent – mesure phare de l’arrêté – est jugée « complètement inefficace ». « En plus de modifier considérablement le programme journalier de chaque agriculteur », cette proposition n’épargne en rien les abeilles qui seront toujours affectées le jour venu par les pesticides répandus de nuit, et revient à autoriser « la destruction de ce qui reste des pollinisateurs nocturnes. », assènent les experts.

Des points importants été ignorés

Des mesures supplémentaires étaient également vivement attendues par le Conseil. Pour sauvegarder les espèces pollinisatrices, l’avis réclamait de « clairement expliciter la recherche de solutions alternatives à l’usage de produits phytosanitaires », qui « ne sont pas citées » dans le plan, et de « n’autoriser l’usage d’un produit phytosanitaire qu’après évaluation attestée de son innocuité vis-à-vis des pollinisateurs ».

Autant de points importants qui ont pourtant été ignorés par le gouvernement dans l’ultime version de son Plan pollinisateurs. Les résultats d’une consultation publique organisée par le gouvernement au mois de juillet, et à laquelle plus de 10 000 sympathisants de POLLINIS ont participé, ont également été mis de côté.

Pire, le seul ajout notable à l’arrêté « abeilles » entre la version initiale et celle présentée le 21 novembre consiste à reporter pour la prochaine campagne de production, l’application des maigres mesures restrictives sur l’usage des pesticides. Ainsi, l’article 5 de l’arrêté précise que « pour une période de huit mois à compter de la publication du présent arrêté », il sera possible de traiter n’importe quand « à condition que la température soit suffisamment basse pour éviter la présence d’abeilles », sans aucune précision concernant les seuils de température en question.

En l’état, le Plan pollinisateurs et son arrêté n’auront donc qu’un impact négligeable sur la sauvegarde des milliers d’espèces de pollinisateurs – papillons, abeilles sauvages, syrphes… – qui disparaissent à un rythme sans précédent.


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