Agriculture et Pesticides

TESTS ABEILLES : POLLINIS FACE À L’AGROCHIMIE AU SEIN DU COMITÉ CONSULTATIF DE L’EFSA

POLLINIS fait partie du groupe consultatif de l’autorité sanitaire européenne sur les « tests abeilles ». L’association y défend une adoption complète et immédiate de ces nouveaux protocoles qui permettraient d’évaluer la toxicité réelle des pesticides sur les pollinisateurs avant leur mise sur le marché. L’agrochimie s’y oppose.

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Date : 7 octobre 2019
Bourdon ailes déployées fleur violet pale PIAXABAY CC0

Face à six représentants de l’agro-industrie et de l’agrochimie, POLLINIS est engagé au côté de deux autres ONG dans un bras de fer crucial pour la survie des abeilles et des pollinisateurs en Europe. Au mois d’août 2019, l’association a été sélectionnée par l’Agence sanitaire européenne (EFSA) pour faire partie du comité consultatif mis en place pour réviser les protocoles de tests bloqués par l’industrie depuis 6 ans, qui permettraient d’évaluer enfin correctement la toxicité des pesticides sur les pollinisateurs avant leur mise sur le marché. A intervalles réguliers, les parties prenantes de ce comité sont invitées à proposer commentaires et recommandations sur ces « tests abeilles ».

Le document qui regroupe ces protocoles a été publié en 2013 par l’EFSA afin de combler les lacunes vertigineuses du système d’homologation des pesticides actuel : tests obsolètes et inadéquates qui ne correspondent pas à la réalité des contaminations dramatiques que les pollinisateurs subissent dans leur environnement. Mais depuis six ans, l’agrochimie fait pression, avec succès, sur les États membres et la Commission pour que les nouveaux tests abeilles ne soient pas adoptés.

La raison ? Selon l’industrie elle-même, les nouveaux tests remettraient en cause la commercialisation d’environ 80 % des pesticides, car ils seraient jugés trop toxiques pour les abeilles. Dans la balance, d’un côté les enjeux financiers colossaux de l’industrie et de l’autre, une protection réelle des insectes pollinisateurs, frappés par un déclin rapide et inquiétant.

Le 17 juillet dernier, la Commission européenne a plié devant la pression et choisi de demander à l’EFSA de « réviser » sa copie, contre l’avis de l’autorité sanitaire, remettant ainsi en cause le travail des scientifiques qu’elle avait elle-même commandité. Ce processus de révision – une belle victoire de l’agrochimie – va donc durer deux ans, et repousse d’autant l’adoption des « tests abeilles » indispensables pour enrayer l’extinction des insectes pollinisateurs.

Il va surtout permettre aux experts de l’industrie, sur-représentés dans les parties prenantes de ce groupe de travail, d’user de toute leur influence pour affaiblir le texte. En septembre, POLLINIS a donc envoyé une première série de commentaires scientifiques à l’EFSA, pointant la pertinence des tests abeilles et l’urgence de leur adoption. POLLINIS va maintenant se battre pour éviter que les objectifs de protection des pollinisateurs ne soient réduits comme peau de chagrin par les industriels.

Parmi les protocoles à défendre, les tests de toxicité chronique (effets à long terme), les effets sublétaux (troubles de la reproduction, de l’orientation, de la mémoire, etc.), les différentes voies de contamination (par l’eau ou les poussières par exemple), l’impact des pesticides sur les larves d’abeilles… Autant d’effets toxiques qui sont aujourd’hui ignorés par les tests réglementaires auxquels s’oppose l’agrochimie.

POLLINIS va également s’assurer que les tests qui concernent les espèces sauvages (comme les bourdons et les abeilles solitaires) ne soient pas écartés, car ces pollinisateurs peu étudiés, et sur qui l’impact des pesticides est toujours ignorés, sont souvent bien plus vulnérables aux pesticides que les abeilles domestiques. Ils sont aussi plus importants pour la pollinisation des plantes à fleurs sauvages de notre continent…