Pollinis cultive les plates-bandes de Villejuif

La commune de Villejuif située au sud de Paris est depuis le printemps 2015 le théâtre d’une expérimentation d’agriculture urbaine pilotée par POLLINIS. Trois parterres gazonnés, larges de quelques dizaines de mètres carrés, ont été prêtés pour un an renouvelable par la municipalité à des « ambassadeurs » volontaires de l’agroécologie urbaine.

Quelques tomates qui cherchent les rayons d’un timide soleil d’automne, des carottes, des haricots vert, des potirons et du fenouil, les derniers légumes de l’année affrontent les rigueurs de cette fin novembre sur les « parcelles citoyennes » cultivées qui bordent la mairie de Villejuif. Les participants ont décidé d’en faire un “potager aromatique fleuri”. C’est-à-dire un potager qui n’exclut ni les plantes aromatiques, ni celles à fleurs. Ainsi, à côté des plants de fenouil connus pour être très mellifères, on trouve de la ciboulette ou des pélargoniums également propices à la production de miel.

Une parcelle du jardin aromatique fleuri du Villejuif.

Une parcelle du jardin aromatique fleuri du Villejuif.

Les parcelles ont été cultivées selon les principes de la permaculture. Une technique d’agroécologie basée notamment sur une diversification des végétaux et sur l’agencement intelligent de plantes complémentaires sur une même surface. Ainsi pour repousser les nombreux insectes attirés par un plant de tomate, il suffit d’ajouter des œillets d’inde ou du basilic. Il faut aussi penser à éloigner les concombres car les deux légumes sont sensibles aux maladies fongiques (champignons). Toutes les plantes ne sont donc pas compatibles, d’où l’intérêt de recevoir une formation dispensée par une experte reconnue de l’agroécologie, Hélène Hollard qui anime notamment le site Cultivons nos jardins. Au final aucun entrant, ni pesticide n’a été utilisé sur les parcelles, pour le plus grand bonheur des insectes pollinisateurs.

POLLINIS à l’initiative du projet

Le projet – conçu comme un test grandeur-nature – a été entièrement financé par POLLINIS, notamment l’important volet de formation par Hélène Hollard, indispensable à la réussite du projet. Le premier objectif était que ce jardin ouvert sur la ville de 57 000 habitants soit un démonstrateur à l’échelle régionale de l’efficacité des principes d’une agriculture urbaine protectrice de l’environnement, productive, embellissant le cadre de vie et génératrice de lien social. Le deuxième était que les personnes formées – des gérants d’associations ou des partenaires de la ville – deviennent de véritables ambassadeurs des techniques d’agroécologie urbaine et soient capables d’essaimer leur savoir-faire dans d’autres espaces verts de la commune.

Afin de permettre les retours d’expérience des différents participants, la mairie de Villejuif a organisé une réunion avec les membres de ce véritable “Réseau de jardiniers citoyens” vendredi 27 novembre 2015. Elle a permis de mesurer à quel point les résultats obtenus ont dépassé les attentes. Les techniques enseignées ont été utilisées avec succès par les volontaires dans leurs propres jardins, ou celui de leurs résidences, mais elles ont surtout été appliquées dans des potagers associatifs comme celui de la Maison des parents, dans le Jardin sur coulée verte ou dans le jardin de la Ressourcerie de Villejuif. Ainsi, Mme Delmas, jeune octogénaire coquette qui participe activement au projet depuis son lancement en mai dernier, annonce fièrement qu’elle « transmet régulièrement les connaissances apprises lors de la formation aux personnes en réinsertion professionnelle qui cultivent le jardin de la Ressourcerie ».

Mme Delmas, cultivatrice du potager aromatique fleuri de Villejuif.

Une ressourcerie que Mme Delmas a contribué à fonder en 2013, et dont le jardin attenant offre un espace de respiration, dans une ville très urbanisée qui compte près de 11.000 habitants au kilomètre carré. Pour achever de nous convaincre de l’intérêt de la formation, elle nous montre le protège document qui abrite les nombreuses fiches de formation données par Hélène Hollard. Dès le début, cette dernière a orienté les habitants vers des techniques de plantation en butte afin d’augmenter le volume de sol disponible pour un meilleur enracinement des végétaux. Elle a donc fait retourner la terre de ces plates-bandes gazonnée qui était devenue compacte à force d’être traversées par des indélicats. Elle a surtout fait ajouter de la paille pour pallier à l’absence d’un système d’arrosage sur le site.

La formation dispensée était cruciale pour que le projet perdure. Si tout le monde sait que les plantes développent leurs racines pour aller chercher de l’eau dans le sol, beaucoup ignorent que si on les arrose quotidiennement, leurs racines ne se développent pas suffisamment, ce qui fait, qu’elles souffrent à la première sécheresse. Il fallait donc trouver un juste milieu entre arroser trop ou trop peu. Le paillage réduit l’évaporation, ce qui permet d’espacer les arrosages.

Le manque d’eau n’est pas un problème en permaculture

L’eau n’a donc pas été un problème majeur comme le confirme M. Ridel, un quadragénaire vif et affable, qui connaissait la technique du paillage pour protéger les arbustes du gel en hiver, mais ignorait qu’en été, elle permettait aussi de lutter contre le manque d’eau. Il est même possible ajoute-t-il de « récupérer l’herbe coupées des jardins gazonnés de la ville pour remplacer la paille, à condition que les jardiniers municipaux n’utilisent pas de pesticide bien-sûr ». La 1ère adjointe au maire de Villejuif, l’écologiste Natalie Gandais, intervient et rappelle que la municipalité développe un plan “Zéro-phyto” qui sera progressivement étendu à tous les espaces verts de la ville.

M. Ridel pourra donc utiliser le gazon coupé par les agents de la commune afin de “pailler” les jardinières municipales qu’il gère depuis qu’il a signé une convention officielle avec la mairie. Le projet initié par POLLINIS a permis des rapprochements entre les pouvoirs publics et les habitants qui souhaitent la mise en place d’une véritable agriculture citoyenne. Un bac à compost, dans lequel les résidents des immeubles proches viennent déposer leurs déchets verts a d’ailleurs été mis en place sur le site, afin de compenser de manière écologique l’appauvrissement de la terre dû au prélèvement des légumes. Car le site a volontairement été ouvert, et tout-un-chacun peut à l’occasion y prendre des tomates ou quelques brins de persil frais.

Aucune dégradation ou vol de végétaux

Les “ambassadeurs” assurent qu’il n’y a pas eu de dégradation ou vol de végétaux depuis le lancement du projet alors qu’aucune barrière de protection n’a été installée. Pourtant cet ancien espace gazonné était souvent piétiné par les passants pressés, qui préféraient couper à travers les plates-bandes, que de faire un petit détour.

De son côté, la mairie souligne l’amélioration de la propreté générale apportée par la simple présence du potager. Selon Mme Sarah Cantal-Dupart chargée de mission à la cellule Gestion urbaine de proximité (GPU) : “Il arrivait que ces pelouses régulièrement jonchées de mégots servent de caninette. Ces pratiques ont aujourd’hui disparues”. À la clé, un petit gain de temps pour les agents municipaux. La parcelle, malgré une taille réduite, nécessitait en effet une prise en charge régulière de la part des services de propreté de la ville. Mais depuis le début du projet, ces derniers n’interviennent pas plus d’une fois par mois, principalement afin de ramasser des détritus déposés ici et là par le vent. Cet hiver, un rendez-vous est prévu pour organiser le lancement de la prochaine saison. Les évènements suivants sont d’ores et déjà prévus pour le mois de mai, à l’occasion de la Fête de la nature, puis à l’été au moment du très populaire concours des Balcons fleuris. Preuve de l’engouement suscité, la ville a annoncé l’ajout d’une catégorie “jardinage sur parcelle publique”, à laquelle les “ambassadeurs” de POLLINIS comptent bien participer.

Sarah Cantal-Dupart, chargée de mission à Villejuif, et Hacène Hebbar, directeur des Projets chez POLLINIS.

Sarah Cantal-Dupart, chargée de mission à Villejuif, et Hacène Hebbar, directeur des Projets chez POLLINIS.

Davantage de biodiversité en ville

Selon l’ONU, l’agriculture urbaine et péri-urbaine fournit de la nourriture à un quart de la population mondiale. Dans le cadre de la lutte contre le réchauffement climatique, c’est un bon moyen de limiter la pollution liée au transport, de préserver un minimum de biodiversité en ville, de limiter le ruissellement de l’eau de pluie, et de lutter contre les pics de chaleur en été. Le problème, c’est que les espaces nécessaires à l’agriculture urbaine sont très convoités. Ainsi les premiers champs cultivés de la région francilienne se trouvent actuellement en “grande banlieue”. Il n’en a pas toujours été ainsi. A la fin de la deuxième guerre mondiale, les communes limitrophes de Paris disposaient encore d’une agriculture suffisamment développée pour fournir les marchés de la Capitale. Les quelques jardins partagés qui subsistent en périphérie des grandes villes sont les derniers représentants de cette époque. Enfin, les projets d’agriculture urbaine hors-sol dont on entend fréquemment parler, présentent le désavantage de consommer beaucoup d’énergie et ne permettent pas l’épanouissement de la biodiversité.