Abeilles

Étude POLLINIS : des résultats prometteurs sur la cohabitation abeille noire-parasite

POLLINIS a mandaté le célèbre entomologiste américain Jeffery Pettis pour étudier la santé des abeilles de l’île de Groix et observer notamment comment elles cohabitent avec le parasite Varroa destructor. Les résultats préliminaires des deux premières phases de cette étude sont prometteurs et confortent la nécessité de protéger les abeilles locales.

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Date : 11 novembre 2019

Beaucoup d’apiculteurs et de scientifiques s’accordent à dire qu’un taux d’infection par le varroa supérieur à 5 % condamne un colonie d’abeilles à mourir. Mais sur l’île de Groix, le spécialiste mondial du comportement des abeilles, Jeffery Pettis, a observé des taux d’infection supérieurs (jusqu’à plus de 8 %) dans des colonies très actives.

Lors des deux premières visites nécessaires à son travail commandité par POLLINIS, en mai et en septembre, il a vu des ruches aux cadres couverts d’abeilles adultes et des couvains remplis de larves. Ces premières constatations confirment l’hypothèse émise par le chercheur et que POLLINIS  souhaitait démontrer scientifiquement : les colonies d’abeilles locales, adaptées à leur environnement, ont les capacités nécessaires pour affronter des aléas comme un hiver rude, un printemps pauvre en ressources florales ou une infection par un parasite comme le varroa.

Pettis Groix (c)P Besnard

L’entomologiste Jeffery Pettis, à gauche, réalisait un premier examen des abeilles de l’île de Groix en mai. Grâce à POLLINIS et ses sympathisants, il étudie la grande robustesse des abeilles locales face au parasite varroa. ©Joann Sy / POLLINIS

Apiculture darwinienne pour des abeilles plus fortes

Mais deux conditions doivent être réunies : les abeilles doivent être préservées de menaces trop fortes comme les pesticides, et les apiculteurs doivent les laisser répondre à leur environnement, sans maintenir en vie artificiellement des colonies trop faibles.

« Si vous laissez le varroa avoir un impact et sélectionner les colonies les plus fortes, alors les abeilles et les acariens vont s’adapter l’un à l’autre, explique Jeffery Pettis. On estime que ça peut se faire en 3 à 10 ans ; et c’est ce qui semble se passer à Groix. C’est un phénomène que l’on ne trouve qu’ici et dans quelques autres endroits du monde ».

Importations d’abeilles et perte des qualités d’adaptation

Car sur le continent, en revanche, les abeilles subissent de plein fouet les méfaits d’une agriculture intensive : monocultures, disparition des fleurs sauvages, pesticides… Pour faire face à l’effondrement de leurs colonies, un grand nombre d’apiculteurs importent alors massivement des reines d’Europe du Sud, de l’Est ou même d’Argentine et d’Australie.

L’abeille noire, Apis mellifera mellifera, naturellement présente en Europe de l’Ouest et du Nord depuis 1 million d’années, est menacée par les hybridations qui en résultent. Sans mesures de protection, elle pourrait avoir disparu d’ici 15 ans, alertent les scientifiques. Et avec elle, disparaîtraient alors ses qualités d’adaptation exceptionnelles à un environnement changeant.

Jeffery Pettis reviendra au printemps prochain, pour finaliser une année complète d’étude des abeilles de l’île de Groix. Ses résultats pourraient constituer un argument majeur pour obtenir une protection juridique des conservatoires d’abeilles locales, et en particulier celui de Groix.