Forçage génétique : POLLINIS s’associe à Save Our Seeds pour demander un moratoire

L'organisation allemande Save Our Seeds vient de publier un rapport avec le soutien de POLLINIS dans le cadre du Congrès de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Le document détaille les risques induits par la pratique du forçage génétique sur les êtres vivants et réclame un moratoire mondial sur la dissémination dans la nature de ces organismes génétiquement modifiés et forcés.

Date : 7 septembre 2021

Présenté par ses promoteurs comme une avancée scientifique déterminante pour régler des problèmes tels que le paludisme, contrôler les espèces invasives ou les nuisibles en agriculture, le forçage génétique, rendu possible grâce à l’outil d’édition génomique CRISPR-Cas9, présente pourtant des risques écologiques réels. Save Our Seeds, qui chapeaute plusieurs associations visant à protéger les semences agricoles de toute modification génétique, a publié début septembre, dans le cadre du Congrès de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) qui se tient à Marseille, un rapport très documenté sur les possibles applications de cette nouvelle technologie, les dangers qu’elle présente et les différentes régulations qui l’encadrentLire l’interview de POLLINIS avec la biologiste Virginie Courtier-Orgogozo.. POLLINIS a contribué à l’édition de la version française de ce rapport.

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Dans son rapport, l’organisation Save Our Seeds détaille les failles du forçage génétique et émet des recommandations pour prévenir les conséquences potentiellement désastreuses de cette technique si elle était appliquée dans la nature.

Les risques écologiques

Alors qu’elle n’a à ce jour jamais été mise en pratique dans la nature, la technique du forçage génétique comprend de nombreuses failles laissant augurer que son usage aura des répercussions délétères pour la biodiversité, au risque de bouleverser fortement et durablement les équilibres écosystémiques, et ce dans le monde entier.

Ainsi, le forçage génétique pourrait rapidement s’avérer incontrôlable : une fois relâché dans la nature, un organisme génétiquement modifié par cette technique se propage activement dans les populations sauvages et peut se répandre rapidement sur de longues distances. De plus, en créant une modification génétique permanente dans le matériel génétique, transmise à toutes les générations suivantes, le forçage génétique est par définition irréversible. Or, à ce jour, il n’existe pas de solution efficace pour « revenir en arrière » et annuler les modifications apportées à une population naturelle. En outre, du fait du croisement entre certaines espèces, il est impossible de garantir que la modification du génome appliquée à l’une d’elles n’affectera pas celles avec lesquelles elles s’hybrident. Enfin, les effets de cette technique peuvent être imprévisibles : de plus en plus de rapports font état d’effets dits « hors cible », c’est-à-dire de modifications involontaires de séquences non ciblées qui peuvent se produire lorsque le système CRISPR-Cas9 est appliqué.

Il est clair que l’extinction ou la manipulation d’une espèce aura des conséquences sur l’ensemble des écosystèmes : chaque être vivant, même s’il semble dangereux ou nuisible pour l’homme, joue un rôle crucial dans son habitat. Le modifier ou le détruire ne saurait être anodin pour les relations trophiques auxquelles il participe.

Mettre en place un moratoire mondial

La recherche sur les organismes modifiés par forçage génétique n’est à ce jour réglementée par aucun accord international contraignant. De la même façon, il n’existe aucune loi nationale ou supranationale encadrant cette techniqueNéanmoins, le programme de lutte contre le paludisme « Target Malaria », un consortium international de recherche principalement financé par les fondations Bill & Melinda Gates et l’Open Philanthropy Project, pourrait commencer ses premières disséminations de moustiques modifiés par forçage génétique dès 2024 au Burkina Faso.. À cette absence de réglementation internationale s’ajoute le manque de concepts et de méthodes scientifiquement validées pour estimer, évaluer et gérer les risques ainsi que pour contrôler la dissémination des organismes génétiquement forcés dans l’environnement. Il n’existe pas non plus de registre central de tous les projets de recherche et développement en cours dans le domaine du forçage génétique.

Au vu de ces nombreuses failles de la connaissances autour de l’application du forçage génétique, il est nécessaire que soit lancé un débat de société sur l’usage de cette technique. « La communauté mondiale doit prendre le temps nécessaire pour s’attaquer à ce nouveau défi global. C’est la condition préalable à la construction d‘un consensus sur la façon d’aborder cette technologie, d’évaluer les conséquences écologiques, médicales, éthiques, culturelles, scientifiques et juridiques qu’elle soulève et de prendre une décision sur comment la réglementer », recommande le rapport. En raison de la nature internationale des conséquences potentielles de la dissémination des organismes génétiquement modifiés, celle-ci demande, pour être approuvée, des normes et des procédures internationales de prise de décision.

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