Abeilles / Agriculture et Pesticides

LA COMMISSION EUROPÉENNE MENACE L’INTERDICTION DES NÉONICS EN FRANCE

POLLINIS lance une pétition pour obliger le gouvernement français à maintenir l’interdiction des pesticides tueurs d’abeilles, remise en question par la Commission européenne. Dans un document confidentiel, celle-ci évoque une violation de ses règlements, notamment la liberté de circulation des biens et des marchandises.

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Date : 2 juin 2017
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Le 3 mai dernier, dans un document confidentiel http://www.pollinis.org/wp-content/uploads/2017/05/2017-39-F-Obs-de-COM.pdf, la Commission européenne a émis une « observation » critique du décret relatif à l’interdiction des néonicotinoïdes en France. En évoquant une violation des règlements européens, notamment la sacro-sainte liberté de circulation des biens et des marchandises, la Commission demande en substance aux autorités françaises de renoncer à cette interdiction.

Cette prise de position menace une victoire considérée comme acquise et arrachée de haute lutte par les associations, les apiculteurs, les citoyens et quelques députés courageux : l’amendement « StopNeonics » a été voté par l’Assemblée nationale au terme d’une bataille de près de deux ans, qui a vu l’institution, s’opposer au gouvernement et au Sénat afin d’inscrire l’interdiction dans le cadre de la « Loi biodiversité » votée en juillet 2016. Un aboutissement permettant de freiner l’effondrement de la biodiversité des champs. Las, dix mois plus tard, le texte n’a toujours pas été promulgué au Journal Officiel, étape préalable à son application.

Ainsi, POLLINIS, qui se bat depuis plus de cinq ans pour l’interdiction de tous les néonicotinoïdes en France et en Europe, lance une pétition pour que la société civile se mobilise de nouveau et exige du gouvernement d’Édouard Philippe qu’il entérine la décision démocratique prise par les parlementaires en promulguant le décret d’application de cet amendement. Ceci afin que l’interdiction des tueurs d’abeilles entre en vigueur à partir de 2018, comme prévu par la loi.

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« L’amendement StopNéonics a été exigé par les citoyens et adopté par leurs représentants : le sabotage de la Commission européenne serait un intolérable déni de démocratie et une nouvelle preuve, s’il en faut, de la mainmise des lobbys de l’agrochimie sur les décisions européennes au détriment des abeilles, de la nature et de notre alimentation à tous ».

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Afin de freiner l’effondrement des pollinisateurs, POLLINIS exige du gouvernement une action simple :

« Nous demandons au premier ministre et aux ministres de la Santé, de l’Environnement et de l’Agriculture, qui doivent apposer leurs signatures au décret d’application, de résister aux pressions et de le publier au Journal officiel ».

Nicolas Laarman, délégué général de POLLINIS

De quoi les néonicotinoïdes sont-ils le nom ?

Les néonicotinoïdes sont une famille d’insecticides neurotoxiques qui agissent en attaquant le système nerveux central des insectes, provoquant la paralysie et la mort. Ils sont apparus dans les années 90 pour répondre à l’augmentation des problèmes de résistance des insectes aux pesticides (de nombreux cas de résistance à ces mêmes insecticides ont depuis été documentés). Les sept molécules actives (acétamipride, clothianidine, dinotéfurane, imidaclopride, nitenpyrame, thiaclopride, thiaméthoxame) se retrouvent dans les produits commercialisés tel que le Cruiser de Syngenta ou le Gaucho de Bayer.

Selon de nombreuses études indépendantes, les néonicotinoïdes, qui sont rapidement devenus les insecticides les plus utilisés en agriculture conventionnelle, provoquent une très forte mortalité des abeilles domestiques et sauvages. Ce problème majeur pour les apiculteurs,et pour la biodiversité, est non seulement lié à la toxicité importante des mollécules néonicotinoïdes, mais aussi à leur mode d’action spécifique. Contrairement aux autres insecticides, ces derniers sont systémiques : ils pénètrent au cœur des plantes et sont diffusés par la sève à travers toutes les parties du végétal : les racines, le tronc, les feuilles, les fleurs, mais aussi le pollen et le nectar dont se nourrissent les abeilles sauvages et domestiques.

JE SIGNE

En plus de préserver la nature et les pollinisateurs, lʼadoption de l’interdiction des insecticides néonicotinoïdes dans le projet de loi « Biodiversité » constituait une victoire politique majeure. Ce vote permettait en effet à la France de montrer la voie à toute l’Europe, alors même que la Commission européenne est en train de réévaluer le moratoire partiel sur trois molécules néonicotinoïdes en vigueur depuis 2012. De fait, l’interdiction des « tueurs d’abeilles », pierre angulaire du système agricole conventionnel, inciterait les élus et les institutions à généraliser enfin les alternatives agricoles durables et productives qui font leurs preuves un peu partout en Europe.
Mais ce changement de paradigme va à l’encontre des intérêts colossaux de l’agrochimie qui produit ces insecticides, et des exploitants agricoles, enfermés dans un système agricole 100% dépendant de la chimie. Ainsi, Syngenta, Bayer et de puissantes coopératives agricoles ont submergé la Commission d’argumentaires juridiques http://ec.europa.eu/growth/tools-databases/tris/en/index.cfm/search/?trisaction=search.detail&year=2017&num=39&mLang=FR dénonçant la prétendue non-conformité avec la réglementation européenne de l’interdiction votée en France (en résumé, selon leur argument, “les tueurs d’abeilles sont autorisés en Europe, ils ne pourraient donc pas être interdits en France”…). C’est ignorer volontairement que de nombreuses molécules sont toujours autorisées en Europe, sans l’être en France. C’est notamment le cas des pesticides à base d’atrazine ou des organismes génétiquement modifiés.

Face à la pression colossale exercée sur le gouvernement français, seule une mobilisation citoyenne sans précédent pourra obliger ce dernier à ne pas céder sur ce point crucial pour les abeilles, la santé des européens et leur alimentation.

JE SIGNE