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NÉONICOTINOÏDES ET ENVIRONNEMENT : effets directs et indirects sur les écosystèmes

La biodiversité, ce n’est pas seulement un idéal citadin de fleurs colorées et de campagne en jachère avec quelques animaux paissant ici et là. La biodiversité, c’est surtout une série de services incroyables rendus par la nature, et qui bénéficient à l’Homme au quotidien à travers son agriculture. Pollinisation, nettoyage des eaux, des sols...

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Date : 24 septembre 2014
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Pollinisation, nettoyage des eaux, des sols, de l’air, décomposition des déchets, régulation du climat… au total, les scientifiques chiffrent à 3000 milliards de dollars la valeur annuelle des services rendus par l’écosystème.

Mais aujourd’hui, cet équilibre est menacé. Non seulement par le remembrement des campagnes, l’arrachage des haies et la modification profonde de l’habitat naturel de milliers d’espèces pour favoriser l’agriculture intensive, mais surtout, et plus profondément, par l’utilisation massive et systématique des pesticides de la famille des néonicotinoïdes.

Ces derniers, qu’ils soient utilisés de façon foliaire (application aérienne) ou systémique (enrobage de la graine) polluent durablement les eaux et les sols. Ils font des ravages sur les populations d’invertébrés non ciblés (abeilles, coccinelles et scarabées, mollusques d’eau douce, vers de terre…) mais sont également une menace sérieuse pour les mammifères, les poissons et les oiseaux qui, s’ils ne périssent pas immédiatement du contact avec les néonicotinoïdes, souffrent de déficiences immunitaires, de malnutrition, de troubles de la reproduction et d’une perte de leur capacité cognitive.

Recommandation : Interdiction réelle et totale des pesticides néonicotinoïdes

 

  • Les conclusions présentées dans cette étude sont sans appel : les pesticides néonicotinoïdes présentent une menace sans précédent pour la biodiversité, et donc pour l’avenir de l’agriculture et la pérennité de l’environnement. Les autorités européennes en charge de la validation des substances à mettre sur le marché en Europe doivent prononcer immédiatement leur interdiction totale, et refuser tout compromis : le danger est trop grand. Il faut aller vers une agriculture plus respectueuse de la biodiversité, dont elle dépend.
  • La majorité des services rendus par la nature à l’agriculture sont irremplaçables, malgré les efforts de l’industrie agrochimique pour fabriquer des drones-abeilles ou de nouveaux produits chimiques pour dépolluer les eaux contaminées par leurs produits chimiques précédents…
  • Il faut repenser l’agriculture intensive, et s’intéresser aux nombreuses études scientifiques et initiatives agricoles qui prouvent qu’on peut garder les mêmes rendements agricoles tout en respectant de la nature.

Néonicotinoïdes et environnement – ce que dit la science :

 

Détérioration des écosystèmes

A) Pollution du sol et des plantes

  • Mesure de la concentration en imidaclopride dans le pollen du maïs de 30 à 130 jours après le semi.
    DONNARUMMA L., PULCINI P., POCHI D., ROSATI S., LUSCO L., CONTE E., 2011. Preliminary study of persistence in soil and residues in maize of imidacloprid. Journal of Environmental Science and Health, Part B: Pesticides, Food Contaminants, and Agricultural Wastes, vol.46, issue 6, 469-472.
  • Les chercheurs ont mesuré les teneurs en imidaclopride de nombreux plants de maïs entre 2000 et 2003. Les teneurs moyennes sont de 2,1 ppb dans le pollen, 6,6 ppb dans les fleurs mâles et 4,1 ppb dans les tiges et les feuilles.
    BONMATIN J.M., MARCHAND P.A., CHARVET R., MOINEAU I., BENGSCH E.R., COLIN M.E., 2005a. Quantification of Imidacloprid Uptake in Maize Crops. Journal of Agricultural and Food Chemistry, 53(13), 5336-5341.
  • Mesure de la teneur en imidaclopride des feuilles de plants de betterave sucrière provenant de semences enrobées.
    ROUCHAUD J., GUSTIN F., WAUTERS A., 1994. Soil biodegradation and leaf transfer of insecticide imidacloprid applied in seed dressing in sugar beet crops. Bulletin of Environmental Contamination and Toxicology, 53, 344-350.
  • Mesures de la teneur en néonicotinoïdes du pollen et du nectar de plants de citrouilles traitées au dinotéfurane, thiaméthoxame et imidaclopride avec des techniques d’application différents. Beaucoup moins de résidus dans pollen que dans nectar. Application foliaire et chimigation laissent le plus de résidus (jusqu’à 122 ng/g dans le pollen et 17,6 ng/g dans le nectar).Les taux de résidus après traitement de semence ou irrigation sont moins importants.
    DIVELY G.P., KAMEL A., 2012. Insecticide residues in pollen and nectar of a cucurbit crop and their potential exposure to pollinators. Journal of Agricultural and Food Chemistry, 60, 4449-4456.
  • L’imidaclopride a des impacts sur les abeilles à des doses sublétales (parfois moins d’1 microgramme/kg). L’étude étudie la présence de l’imidaclopride dans l’environnement et plus particulièrement dans le pollen afin de déterminer si les concentrations trouvées sont comparables à ces données. L’étude montre une persistance de l’imidaclopride après un ou deux ans dans le sol qui peut être transloqué de nouveau dans la plante. Le produit actif est d’ailleurs détecté dans des plantes de maïs et de tournesols non traitées du fait de l’absorbtion et de la translocation de ce produit présent dans le sol. L’imidaclopride est détectée dans le pollen du tournesol et du maïs à une concentration moyenne de 3 microgrammes/kg (= ppb) et est donc susceptible d’avoir des conséquences sublétales sur les abeilles.
    BONMATIN J., MOINEAU I., CHARVET R., COLIN M., FLECHE C., BENGSCH E., 2005b. Behaviour of Imidacloprid in Fields. Toxicity for Honey Bees, Environmental Chemistry, 483-494.
  • Dans les sapins ciguë, l’application d’imidaclopride diluée directement au pied des arbres entraîne une teneur de 120 à 220 ppb dans leurs tissus
    COWLES R.S., MONTGOMERY M.E., CHEAH C.A., 2006. Activity and residues of imidacloprid applied to soil and tree trunks to control hemlock woolly adelgid (Hemiptera: Adelgidae) in forests. Journal of Economic Entomology, 99(4), 1258-1267.

B) Pollution des milieux aquatiques

  •  Conclusion de la grande investigation de la Task Force on Systemic Pesticides au sujet de l’impact des néonicotinoïdes sur les organismes vivants et l’environnement.
    VAN DER SLUIJS J.P., AMARAL-ROGERS V., BELZUNCES L.P., BIJLEVELD VAN LEXMOND M.F.I.J., BONMATIN J.M., CHAGNON M., DOWNS C.A., FURLAN L., GIBBONS D.W., GIORIO C., GIROLAMI V., GOULSON D., KREUTZWEISER D.P., KRUPKE C., LIESS M., LONG E., MCFIELD M., MINEAU P., MITCHELL E.A.D., MORRISSEY C.A., NOOME D.A., PISA L., SETTELE J., SIMON-DELSO N., STARK J.D., TAPPARO A., VAN DYCK H., VAN PRAAGH J., WHITEHORN P.R., WIEMERS M., 2014. Conclusions of the Worldwide Integrated Assessment on the risks of neonicotinoids and fipronil to biodiversity and ecosystem functioning. Environmental Science and Pollution Research, DOI 10.1007/s11356-014-3229-5, 6p.
  • Mesure de la pollution de l’eau souterraine aux alentours des cultures de riz dans le Vietnam qui sont traitées à l’imidaclopride. Concentration retrouvée en moyenne : 0,22 ppm.
    LAMERS M., ANYUSHEVA M., LA N., NGUYEN V.V., STRECK T., 2011. Pesticide pollution in surface and groundwater by paddy rice cultivation : a case study from Northern Vietnam. Clean-Soil Air Water, 39, 356-361.
  • La concentration en imidaclopride est de 14 ppb dans des eaux douces aux Etats-Unis. Etudie aussi l’impact de l’imidaclopride sur des microcrustacées. Exposition peu dangereuse au vue des concentrations retrouvées dans la nature à moins que des pesticides soient déversés dans une petite mare.
    JEMEC A., TISLER T., DROBNE D., SEPCIC K., FOURNIER D., TREBSE P., 2007. Comparative toxicity of imidacloprid, of its commercial liquid formulation and of diazinon to a non-target arthropod, the microcrustacean Daphnia magna. Chemosphere, 68, 1408–1418.
  • Etude sur les impacts environnementaux de l’imidaclopride.
    FOSSEN M., 2006. Environmental fate of imidacloprid. Department of Pesticide Regulation, Sacramento, 16p.
  • Dans cette étude, l’abondance en organismes benthiques et en arthropodes est largement affectée dans l’eau des parcelles de riz traitées à l’imidaclopride et au fipronil. Par conséquent, la croissance des poissons médaka est affectée indirectement par manque d’alimentation.
    HAYASAKA D., KORENAGA T., SUZUKI K., SAITO F., SANCHEZ-BAYO F., GOKA K., 2012; Cumulative ecological impacts of two successive annual treatments of imidacloprid and fipronil on aquatic communities of paddy mesocosms. Ecotoxicology and Environmental Safety, 80, 355-362.
  • La concentration d’imidaclopride excède les normes de qualité de l’eau néerlandaises à de nombreux endroits. Une corrélation négative entre la présence de nombreuses espèces aquatiques et de néonicotinoïdes est démontrée par cette étude. Relation négative significative entre plusieurs invertébrés et la concentration d’imidaclopride retrouvée dans l’eau.
    VAN DIJK T.C., VAN STAALDUINEN M., VAN DER SLUIJS S., 2013. Macro-invertebrate decline in surface water polluted with imidacloprid, PLoS ONE.

Effets indirects des néonicotinoïdes sur les écosystèmes

A) Impact sur les invertébrés

  • Etude qui prouve que la concentration létale en imidaclopride dans le sol peut être atteinte par exemple lorsque l’imidaclopride est injectée dans le sol pour traiter l’agrile du frêne. Dans cette situation, les vers sont exposés à une concentration hautement toxique du sol en imidaclopride.
    KREUTZWEISER D.P., GOOD K.P., CHARTRAND D.T., SCARR T.A., THOMPSON D.G., 2008b. Are leaves that fall from imidacloprid-treated maple trees to control Asian longhorned beetles toxic to non-target decomposer organisms? Journal of Environmental Quality, 37, 639-646.
  • Etude qui démontre que l’imidaclopride favorise fortement la déformation des spermatozoïdes des vers de terre dès que sa concentration excède 0,5 ppm dans le sol.
    LUO Y., ZANG Y., ZHONG Y., KONG Z., 1999. Toxicological study of two novel pesticides on earthworm Eisenia foetida. Chemosphere, 39, 2347-2356.
  • A concentration sublétale pour le ver de terre, l’imidaclopride se trouvant dans le sol altère la capacité des vers de terre à creuser des galeries et les gaz circulent moins facilement dans le sol.
    CAPOWIEZ Y., BASTARDIE F., COSTAGLIOLA G., 2006. Sublethal effects of imidacloprid on the burrowing behaviour of two earthworm species : modifications of the 3D burrow systems in artificial soil cores and consequences on gas diffusion in soil. Soil Biology and Biochemistry, 38, 285-293.
  • Une diminution linéaire du volume des galeries creusées par les vers de terre dans le sol est constatée parallèlement à l’augmentation de la concentration en imidaclopride.
    DITTBRENNER N., MOSER I., TRIEBSKORN R., CAPOWIEZ Y., 2011. Assessment of short and long-term effects of imidacloprid on the burrowing behavior of two earthworm species (Aporrectodea caliginosa and Lumbricus terrestris) by using 2D and 3D post-exposure techniques. Chemosphere, 84, 1349-1355.
  • Les chercheurs ont prouvé qu’après une exposition à une concentration de 0,66 ppm d’imidaclopride, la production de macro-agrégats par les vers de terre diminue après sept jours. Après ce même délai, la masse corporelle diminue nettement (moins 32,4% et moins 39% suivant l’espèce).
    DITTBRENNER N., TRIEBSKORN R., MOSER I., CAPOWIEZ Y., 2010. Physiological and behavioural effects of imidacloprid on two ecologically relevant earthworm species (Lumbricus terrestris and Aporrectodea caliginosa). Ecotoxicology, 19, 1567-1573.
  • Effets sublétaux sur lombrics. Etude de l’impact de l’imidaclopride à doses sublétales dans le sol sur deux sortes de lombrics. Perte de poids et changement de comportement. Les galeries creusées sont moins profondes, plus superficielles.
    CAPOWIEZ Y., BERARD A., 2006. Assessment of the effects of imidacloprid on the behavior of two earthworm species (Aporrectodea nocturna and Allolobophora icterica) using 2D terraria. Ecotoxicology and Environmental Safety, 64, 198-206.
  • Cette expérience menée en conditions réelles par Kreutzweiser et al. (2009) a permis de détecter que la consommation de feuilles de pommiers traitées à l’imidaclopride aux doses homologuées entraîne des effets sublétaux d’inhibition de l’alimentation chez les vers vivant dans la litière de surface.
    KREUTZWEISER D.P., THOMPSON D.G., SCARR T.A., 2009. Imidacloprid in leaves from systemically treated trees may inhibit litter breakdown by non-target invertebrates. Ecotoxicology and Environmental Safety, 72, 1053-1057.
  • Les chercheurs ont étudié l’impact de l’imidaclopride sur les crevettes d’eau douce (Gammares Pulex). Les chercheurs ont mis en évidence le fait que l’imidaclopride bouleverse la façon de s’alimenter de ces organismes. Exposées à de faibles concentrations (15 μg/L) pendant 14 jours, les crevettes ne parviennent plus à se mouvoir ni à se nourrir et finissent par mourir.
    NYMAN A.M., HINTERMEISTER A., SCHIRMER K., ASHAUER R., 2013. The Insecticide Imidacloprid Causes Mortality of the Freshwater AmphipodGammarus pulex by Interfering with Feeding Behavior. PLoS ONE.
  • Les chercheurs ont révélé le risque élevé que représente l’exposition à de l’eau contenant de l’imidaclopride pour les mouches éphémères.
    ROESSINK I., MERGA L.B., ZWEERS H.J., VAN DEN BRINK P.J., 2013. The neonicotinoid imidacloprid shows high chronic toxicity to mayfly nymphs. Environmental Toxicology and Chemistry, 32(5), 1096-1100.
  • Test de l’impact de l’imidaclopride sur les arthropodes non ciblés. Impact sur de nombreux arthropodes du sol : hémiptères, thysanoptères, coléoptères, collemboles, scarabées. Plus précisément, l’utilisation de cet insecticide sur un gazon sur trois saisons de pousse consécutives affecte l’abondance de collemboles et de scarabées adultes de 54% à 62%.
    PECK D., 2009. Long-term effects of imidacloprid on the abundance of surface- and soil- active non target fauna in turf. Agricultural and Forest Entomology, 11(4), 405-419.
  • Etude qui prouve qu’en présence d’imidaclopride, les insectes vivant dans le sol tels que les scarabées et les termites seraient plus sensibles aux attaques de nématodes
    KOPPENHOFER A.M., COWLES R.S., COWLES E.A., FUZY E.M., BAUMGARTNER L., 2002. Comparison of neonicotinoid insecticides as synergists for entomopathogenic nematodes. Biological Control, 24, 90-97.
  • Effets sur coccinelles : l’acétamipride est hautement toxique à tous les stades de développement de ces insectes à des doses pourtant recommandées pour tuer les acariens. Le thiaméthoxame réduit la quantité de larves.
    YOUN Y., SEO M., SHIN J., JANG C., YU Y., 2003. Toxicity of greenhouse pesticides to multicolored Asian lady beetles, Harmonia axyridis (Coleoptera : Coccinellidae). Biological control, 28, 164-170.

B) Effets indirects sur la qualité du sol et la production végétale

  • Page internet qui décrit bien le rôle joué par les arthropodes du sol.
    ROVILLE M., 2014. Les bâtisseurs du sol. Sagascience, CNRS.
  • Etude qui prouve que les vers de terre augmentent de 35% la production de biomasse aérienne des légumineuses.
    EISENHAUER N., MILCU A., NITSCHKE N., SABAIS A.C.W., SCHERBER C., SCHEU S., 2009. Earthworm and belowground competition effects on plant productivity in a plant diversity gradient. Oecologia, 161(2), 291-301.
  • Etude menée dans les eaux de surface en zone agricole qui montre que l’augmentation de la concentration en imidaclopride entraîne la diminution de la consommation et la décomposition des feuilles par Gammarus fossarum.
    ENGLERT D., BUNDSCHUH M., SCHULZ R., 2012. Thiaclopride affects trophic interaction between gammarids and mayflies. Environmental Pollution, 167, 41-46.
  • Etude qui prouve qu’en conditions de laboratoire, les insectes déchiqueteurs de feuilles ne remplissent presque plus leur rôle en présence d’imidaclopride.
    KREUTZWEISER D.P., GOOD K.P., CHARTRAND D.T., SCARR T.A., THOMPSON D.G., 2008a. Toxicity of the Systemic Insecticide, Imidacloprid, to Forest Stream Insects and Microbial Communities. Bulletin of Environmental Contamination and Toxicology, 80(3), 211-214.

C) Effets indirects sur les interactions trophiques

  • Etude menée aux Pays-Bas. Les chercheurs ont étudié les populations de quinze espèces d’oiseaux différentes entre 2003 et 2010 dans les zones où l’eau de surface contenait une forte concentration en imidaclopride. Ils ont alors enregistré une diminution du nombre d’oiseaux de 3,5 % par an. Dans ce pays, l’utilisation des néonicotinoïdes a été multipliée par dix entre 1994 et 2004. De plus, neuf des quinze espèces d’oiseaux étudiées se nourrissent exclusivement d’insectes. Or, les chercheurs ont décelé une diminution des populations d’insectes dans les zones où l’eau contient de l’imidaclopride. A défaut d’autres explications, les chercheurs en sont venus à la conclusion que c’est la pénurie de proies due à la présence de néonicotinoïdes dans l’eau qui provoquerait les pertes d’oiseaux.
    HALLMANN C.A., FOPPEN R.P.B., VAN TURNHOUT C.A.M., DE KROON H., JONGEJANS E., 2014. Declines in insectivorous birds are associated with high neonicotinoid concentrations. Nature, 511, 341-343.
  • Sanchez-Bayo et Goka (2006) ont eux aussi mené une investigation sur des parcelles de riz traité à l’imidaclopride. Ils ont observé une nette diminution de l’abondance de planctons, de nectons et d’organismes benthiques par rapport aux populations présentes dans l’eau des parcelles non traitées. Deux espèces, pourtant très importantes, ont été supprimées des cultures traitées à l’imidaclopride. Ce sont les Chironomus yoshimatsui (diptères nématocères) et les ostracodes (crustacés microscopiques). Cette absence a engendré un bouleversement de l’équilibre écosystémique traduit par la prolifération d’algues vertes, habituellement contrôlées par les organismes disparus.
  • SANCHEZ-BAYO F., GOKA K., 2006. Ecological effects of the insecticide imidacloprid and a pollutant antidandruff shampoo in experimental rice fields. Environmental Toxicology and Chemistry, 25, 1677-1687.
    Les chercheurs ont dévoilé l’effet indirect du fipronil sur les lézards. Bien que ce ne soit pas un néonicotinoïde mais un phénylpyrazole, il agit de façon systémique et sa toxicité est comparable à celle de l’imidaclopride. Utilisé pour contrôler les populations de criquets migrateurs à Madagascar, il a aussi réduit de moitié la population de termites. Par conséquent, les deux espèces de lézards se nourrissant principalement de ces termites sont en déclin.
    PEVELING R., MCWILLIAM A.N., NAGEL P., RASOLOMANANA H., RAHOLIJAONA, RAKOTOMIANINA L., RAVONINJATOVO A., DEWHURST C.F., GIBSON G., RAFANOMEZANA S., TINGLE C.C.D., 2003. Impact of locust control on harvester termites and endemic vertebrate predators in Madagascar. Journal of Applied Ecology, 40(4), 729-741.

Toxicité directe envers les vertébrés

  • Récent article de la Task Force sur les insecticides systémiques qui répertorie les études décrivant les effets directs et indirects des néonicotinoïdes sur les vertébrés.
    GIBBONS D., MORRISSEY C. MINEAU P., 2014. A review of the direct and indirect effects of neonicotinoids and fipronil on vertebrate wildlife. Environmental Science and Pollution Research International, DOI 10.1007/s11356-014-3180-5.
  • Cette étude identifie les risques posés par les traitements de semences pour les oiseaux granivores, mais également pour les autres. Il est à noter que la consommation journalière de graines pour la majorité des oiseaux testés les expose à des doses toxiques.
    PROSSER P., HART A., 2005. Assessing potential exposure of birds to pesticide-treated seeds. Ecotoxicology, 14, 679-691.
  • Cet article met en évidence le fait que les oiseaux peuvent être soumis à d’autres voies d’exposition aux pesticides que par le biais de leur régime alimentaire. Ainsi, le contact direct avec les pesticides lors de pulvérisations peut avoir des conséquences néfastes sur la santé des oiseaux.
    MINEAU P., 2011. Barking up the wrong perch: why we should stop ignoring non-dietary routes of pesticide exposure in birds. Integrated Environmental Assessment and Management, 7(2), 297- 299.

1) LES EFFETS LÉTAUX DES PESTICIDES SYSTÉMIQUES SELON LES TAXONS

a) Poissons

  • Fiche bilan sur l’imidaclopride donnant les caractéristiques chimiques et physiques principales de la molécule. Elle donne les concentrations létales pour quelques organismes dont la truite arc-en-ciel.
    COX C., 2001. Insecticide factsheet: Imidacloprid. Journal of Pesticide Reform, 21, 15-21.
  • Etude examinant les effets de concentrations réalistes de fipronil sur les organismes aquatiques présents dans les estuaires. Des concentrations très faibles (5 ppb) suffisent notamment à affecter des crevettes.
    WIRTH E., PENNINGTON P., LAWTON J., DE LORENZO M., BEARDEN D., SHADDRIX B., SIVERTSEN S., FULTON M., 2004. The effects of the contemporary-use insecticide Firponil in an estuarine mesocosm. Environmental Pollution, 131, 365-371.

b) Vertébrés terrestres

  • Une étude d’investigation sur les impacts des pesticides sur la faune et la flore sauvage a été conduite dans 18 pays européens sur la période 1990 – 1994. Des registres d’accidents de ce type ont seulement été mis en en place dans sept pays. Beaucoup d’incidents ont notamment été enregistrés en France, en Hollande et au Royaume-Uni. Des enquêtes ont été menées sur plus de 1000 accidents pour établir leur cause (usage autorisé de pesticides, abus, espèces et composés impliqués). La plupart des incidents survenus lorsque les doses autorisées étaient respectées sont dus aux traitements de semences ou du bois (néonicotinoïdes et fipronil). Peu d’incidents sont directement liés à la pulvérisation de produits. Les auteurs émettent néanmoins des doutes sur la viabilité d’une étude basée sur les registres.
    DE SNOO G., SCHEIDEGGER N., DE JONG F., 1999. Vertebrate wildlife incidents with pesticides: a european survey. Pesticide Science, 55(1), 47-57.
  • Expériences utilisant une chromatographie liquide afin de détecter la présence d’imidaclopride ou de ses premiers métabolites dans les organes et les tissus d’animaux affectés. Des résidus toxiques ont notamment été trouvés dans le foie de pigeons morts.
    BERNY P., BURONFOSSE F., VIDEMANN B., BURONFOSSE T., 1999. Evaluation of the toxicity of imidacloprid in wild birds. A new high performance thin layer chromatography (HPTLC) method for the analysis of liver and crop samples in suspected poisoning cases. Journal of liquid chromatography and related technologies, 22(10), 1547-1559.
  • Etude importante sur l’impact des néonicotinoïdes sur les oiseaux. Les auteurs montrent que ces insecticides peuvent avoir des effets létaux et sublétaux sur les populations d’oiseaux et qu’ils affectent également les écosystèmes marins dont la plupart des oiseaux sont dépendants. Des populations d’invertébrés marins qui sont normalement des proies pour les oiseaux sont ainsi décimées.
    MINEAU P., PALMER C., 2013. The impact of the nation’s most widely used insecticides on birds. American Bird Conservancy, USA, 97p.

2) EFFETS SUBLÉTAUX

a) Effets sur la reproduction

  • Etude sur les effets de la clothianidine sur la reproduction des rats. Il apparaît que le sperme des rats est détérioré à pour une consommation de 32mg de clothianidine par jour. Une telle concentration est donc susceptible d’affecter leur capacité de survie.
    BAL R., TURK G., YILMAZ O., ETEM E., KULOGLU T., BAYDAS G., NAZIROGLU M., 2012. Effects of clothianidin exposure on sperm quality, testicular apoptosis and fatty acid composition in developing male rats. Cell Biology and Toxicology, 28, 187-200.
  • De fortes doses d’imidaclopride augmentent le risque d’avortement. Ils provoquent aussi une altération des tissus mous et du squelette. Imidaclopride cause des effets négatifs différents sur l’immunité suivant l’âge du rat. Ils peuvent être particulièrement graves si l’exposition a lieu pendant tout le développement.
    GAWADE L., DADARKAR S.S., HUSAIN R., GATNE M., 2013. A detailed study of developmental immunotoxicity of imidacloprid on Wistar rats. Food Chemistry and Toxicology, 51, 61-70.
  • Etude des effets létaux et sublétaux de l’ingestion de semences traitées sur les perdrix aux pattes rouges. Réalisée avec deux fongicides et de l’imidaclopride. A chaque fois, test avec la dose homologuée et la double dose pour voir l’effet d’un potentiel abus. Etude des effets directs et indirects sur la condition physique, la physiologie, l’immunologie, la coloration et la reproduction des perdrix exposées. Les œufs (mesurés, incubés), la croissance et la survie des poussins peuvent aussi être affectés. Mortalité de 58,3% due à l’exposition à forte dose d’imidaclopride. Quel que soit la dose, l’imidaclopride a des effets sublétaux : altération des paramètres biochimiques, stress oxydatif, etc. Ils constatent aussi un affaiblissement de la réponse immunitaire et une réduction du taux de survie des poussins. Conclusion de l’étude : La toxicité des semences enrobées est un facteur à prendre en compte dans le déclin des oiseaux dans les zones agricoles.
    LOPEZ-ANTIA A., ORTIZ-SANTALIESTRA M.E., MOUGEOT F., MATEO R., 2013. Experimental exposure of red-legged partridges (Alectoris rufa) to seeds coated with imidacloprid, thiram and difenoconazole. Ecotoxicology, 22(1), 125-138.
  • Dans cette étude, Mineau soulève le fait que les tests d’homologation des insecticides ne prennent pas en compte les effets sublétaux que pourraient subir les parents quant à leur capacité à couver leurs œufs et à élever leurs petits.
    MINEAU P., 2005. A review and analysis of study endpoints relevant to the assessment of “long term” pesticide toxicity in avian and mammalian wildlife. Ecotoxicology, 14, 775-799.

b) Effets physiologiques et comportementaux

  • Cette étude décrit les effets d’une concentration en imidaclopride 100 fois inférieure à la DL50 sur des rats. Les rats ainsi exposés (0,21 ppm) subissent de nombreux effets sublétaux tels qu’une baisse de l’immunologie ou un stress oxydatif.
    MOHANY M., EL-FEKI M., REFAAT I., BADR G., 2012. Immunological and histological effects of exposure to imidacloprid insecticide in male albino rats. African Journal of Pharmacy and Pharmacology, 5(18), 2106-2114.
  • Etude sur les effets toxicologiques de la clothianidine à faibles doses sur la caille. Des doses de 1 et de 50 mg/kg suffisent à engendrer des effets sublétaux (développement des œufs et des embryons affecté).
    TOKUMOTO J., DANJO M., KOBAYASHI Y., KINOSHITA K., OMOTEHARA T., TATSUMI A., HASHIGUCHI M., SEKIJIMA T.,KAMISOYAMA H., YOKOYAMA T., KITAGAWA H., HOSHI N., 2013. Effects of exposure to clothianidin on the reproductive system of male quails. The Journal of veterinary medical science, 75(6), 755-760.
  • L’imidaclopride à de faibles concentrations induit des effets de stress chez le poisson medaka, ce qui favorise l’agression d’un ectoparasite (Trichodina).
    SANCHEZ-BAYO F., GOKA K., 2005. Unexpected effects of zinc pyrithione and imidacloprid on Japanese medaka fish (Oryzias latipes). Aquatic Toxicology, 74, 285-293.
  • Etude de l’effet de l’imidaclopride à faibles doses sur un amphibien (Rana N. Hallowell). Des effets sublétaux apparaissent à partir d’une concentration 0,05 ppm d’imidaclopride (altérations de l’ADN). Les effets s’accentuent avec l’augmentation de la concentration d’imidaclopride dans le milieu.
    FENG S., KONG Z., WANG X., ZHAO L., PENG P., 2004. Acute toxicity and genotoxicity of two novel pesticides on amphibian, Rana N. Hallowell. Chemosphere, 56(5), 457-463.