Biotechnologies génétiques / Nouveaux OGM

Tribune : POLLINIS rassemble 40 chefs pour alerter sur la dérégulation des nouveaux OGM

Dans une tribune collective, lancée à l'initiative de l'association POLLINIS, 40 chefs cuisiniers et de professionnels de la restauration s’inquiètent de la proposition de règlement sur les OGM issus des nouvelles techniques génomiques (NGT). Avant le vote final, prévu au printemps 2026, ils appellent le Parlement à garantir la transparence en matière alimentaire à protéger la diversité des terroirs.

Date : 30 mars 2026
Tribune chefs Le Monde

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Ce samedi 28 mars, 40 chefs et acteurs de la restauration ont uni leur voix pour dénoncer l’accord trouvé sous la présidence danoise, concernant les règles encadrant la culture et la commercialisation des plantes issues des nouvelles techniques génomiques (NGT en anglais). Avant le vote final prévu avant l’été 2026, ils appellent le Parlement à garantir la transparence dans les assiettes des Européens et à protéger la diversité des terroirs, dans une tribune collective initiée par POLLINIS et publiée dans le journal Le Monde.

Un quart de siècle après avoir presque banni les plantes génétiquement modifiées, l’Union européenne s’apprête à opérer un virage à 180 degrés : l’accord provisoire sur la déréglementation des nouveaux OGM – ou plantes issues des nouvelles techniques génomiques (NGT, en anglais) – menace de rompre le pacte de confiance qui nous lie à nos clients. Demain, il nous sera peut-être impossible de savoir si une tomate est issue de la sélection naturelle ou génétiquement modifiée, car aucune obligation d’étiquetage ne figurera sur le produit final.

 

Nous, chefs, restaurateurs et cuisiniers, sommes les premiers ambassadeurs des produits bruts et de qualité. Notre métier n’est pas de simplement transformer les aliments : il commence par le choix rigoureux d’un ingrédient, en accord avec les valeurs de goût et de durabilité que nous souhaitons transmettre dans l’assiette. Notre engagement est d’offrir une cuisine saine et savoureuse. Pour cuisiner en conscience, nous devons savoir ce que nous achetons, et pour cela, nous avons besoin d’un cadre réglementaire protecteur.

 

L’accord provisoire trouvé en trilogue le 3 décembre 2025 marque un recul inacceptable des règles encadrant les OGM issus des NGT. Sans étiquetage, nous ne pourrons plus identifier si un ingrédient est génétiquement modifié. Dès lors, comment garantir à nos clients une cuisine exempte d’OGM ? Il est important de rappeler que les semences obtenues par ces nouvelles techniques génomiques restent bien des organismes génétiquement modifiés, quand bien même ils ne sont pas « transgéniques ». Les effets à long terme sur l’environnement n’ont pas fait l’objet d’études indépendantes suffisantes pour justifier une telle précipitation.

Champs sans frontières

Nous ne sommes pas opposés au progrès, mais sommes convaincus qu’il doit être tourné vers une diversité abondante, et non vers la standardisation et l’opacité. L’arrivée de ces plantes en Europe pourrait accentuer l’uniformisation génétique des cultures au profit de quelques variétés standardisées. Cette uniformité se traduira dans notre assiette. La pluralité et la multiplicité des espèces cultivées sont pourtant essentielles pour assurer d’excellentes qualités gustatives. Les variétés locales, anciennes ou oubliées, composent la renommée de la gastronomie et font l’identité de nos petits producteurs.

 

Nous avons le droit de choisir librement ce que nous mangeons

L’interdiction théorique des NGT dans l’agriculture biologique ne suffit pas à nous rassurer. En plein champ, il n’y a pas de frontières. En l’absence de traçabilité stricte, comment garantir l’absence de contamination d’une parcelle bio par le vent ou le pollen ? Là encore, cela met en péril les agriculteurs tournés vers des pratiques durables et les filières de qualité, qui sont le socle de notre approvisionnement.

 

Le texte final doit être voté au premier semestre 2026 : nous demandons à nos eurodéputés de s’opposer à cette déréglementation. Il est encore temps pour l’Europe de rester le garant d’une alimentation de qualité, respectueuse de celles et de ceux qui la produisent, de celles et de ceux qui la cuisinent et de celles et de ceux qui la dégustent. Nous avons le droit de choisir librement ce que nous mangeons.

 

Liste des dix premiers signataires : Pierre-Antoine Arlot, président de Maison Arlot Cheng ; David Aumont, gérant chef des Sains bonheurs ; Enza Cesari, directrice générale de Sens ; Camille Delamar, présidente d’Ecotable ; Guillaume Delauné, chef de cuisine à La Verrière ; Stéphane Enault, chef cogérant Les Roseaux pensants ; Mehdi Favri, chef et cofondateur de Maslow Group ; Manon Fleury, cheffe propriétaire de Datil ; Victor Mercier, chef propriétaire de Fief ; François Pasteau, cuisinier éthique. Liste complète des signataires à retrouver sur le site Le Monde.