Biotechnologies génétiques / Pesticides ARNi
Pesticides ARNi : Les pesticides parfaits ? – Déconstruire la nouvelle vitrine verte de l’agrochimie
POLLINIS publie un rapport sur les pesticides ARNi. À l'heure où l'arrivée de ces produits dans l'Union européenne se profile, ce document déconstruit le discours marketing des firmes de l'agrochimie, qui tentent de faire passer ces pesticides génétiques pour des alternatives à la chimie, durables et sans dangers pour les pollinisateurs et autres espèces non-ciblées.
Partout dans le monde, des scientifiques observent un déclin important de certaines populations d’insectesSanchez-Bayo et al, 2019., notamment des pollinisateurs. En Europe, 10 % des abeilles sauvages, 15 % des espèces de papillonsUICN, 2025. et 37 % des espèces de syrphesUICN, 2022. sont menacées d’extinction. Ce déclin massif découle en grande partie de l’usage intensif de pesticides chimiques, sur lequel repose l’agriculture industrielleLeenhardt et al, 2022..
Alors que les plans de transition vers l’agro-écologie peinent à se concrétiser en France et en Europe, les firmes de l’agrochimie avancent leurs propres solutions, supposément durables et sans risques pour les espèces non-ciblées, pour perpétuer un modèle agricole dépendant des intrants. Parmi elles, on retrouve les pesticides à interférence ARN, ou pesticides ARNi.
Découvrir le rapport de POLLINIS
La génétique, nouvelle arme de l’agrochimie dans les champs
Nés des récentes avancées en matière de génétique, ces pesticides sont capables d’agir sur l’expression des gènes des insectes. À l’image des pesticides chimiques, ils peuvent être diffusés par le biais de sprays, mais aussi de plantes ou microorganismes génétiquement modifiés. Une fois pénétrée dans les cellules d’un organisme, la substance active du produit empêche la fabrication des protéines responsables d’une fonction vitale de l’insecte (la reproduction, le métabolisme, le mouvement…), ce qui conduit à sa mort.
Certaines de ces substances, développées par les géants de l’agrochimie (Bayer, Syngenta, Corteva) mais aussi par des startups des biotechnologies, sont déjà commercialisées dans plusieurs pays, notamment aux État-Unis. Dans l’Union européenne, la demande d’autorisation d’une première substance active ARNi est à l’étude depuis avril 2025POLLINIS, 2025..
Une promesse marketing à aborder avec prudence et rigueur scientifique
Pourtant, de nombreuses incertitudes scientifiques persistent sur ces produits.
En raison de la faible persistance de la substance active des pesticides ARNi
dans l’environnement, leurs fabricants les désignent comme durableshttps://www.bayer.com/en/agriculture/innovation-showcase. Mais cette promesse de durabilité a tout du discours marketing simpliste. Dans les faits, les pesticides génétiques semblent davantage conçus pour fonctionner en combinaison avec les produits chimiques que pour les remplacer. Leur usage peut, par exemple, être recommandé pour lutter contre le développement de résistances aux pesticides chimiques chez les insectes ou aux herbicides chez les plantesOCDE, 2023 (p. 23). . L’idée même selon laquelle les pesticides ARNi se dégraderaient rapidement dans l’environnement est aussi à nuancer. En effet, pour garantir une certaine efficacité du produit, liée à sa persistance, les industriels associent la substance active des pesticides ARNi à des co-formulants qui augmentent sa stabilité dans l’environnement.
Grâce à leur mode d’action nouveau, qui repose sur la génétique, les fabricants de pesticides ARNi présentent également ces produits comme une solution très précise, sans risque pour les espèces non-ciblées. Or, cette promesse se heurte à de nombreuses incertitudes. Compte tenu de la complexité de l’organisme des insectes, associée à la complexité du mécanisme d’interférence ARN en lui-même, les pesticides ARNi font peser un risque d’effets non-intentionnels sur des organismes non-ciblés. Des études scientifiques, y compris sur des pesticides ARNi déjà commercialisés, pointent déjà la vulnérabilité d’espèces non-ciblées à ces produits, notamment des abeilles mellifères et autres auxiliaires des cultures. Par ailleurs, très peu d’études évaluent les effets de ces produits, à court et long terme, sur d’autres organismes comme les pollinisateurs sauvages.
Une nouvelle génération de produits, au service des intérêts de l’agrochimie
Malgré ces incertitudes scientifiques, plusieurs initiatives montrent une volonté d’accélérer le développement et la commercialisation de ces pesticides dans l’Union européenne : financement direct de startups des biotechnologies, projet européen sur l’évaluation des risques des pesticides ARNi auquel prennent part les industrielsRATION. , construction d’une définition des « produits de biocontrôle » incluant les pesticides ARNi dans le cadre de l’omnibus sur la sécurité des alimentsPOLLINIS, 2026..
Dans ce contexte, institutions européennes et agrochimie œuvrent main dans la main à la création d’un cadre réglementaire permettant une mise sur le marché rapide de ces produits, qui passe notamment par une moindre évaluation de leurs risques. Alors que de premières demandes de mise sur le marché de pesticides ARNi sont déposées dans l’Union européenne, ces tentatives de déréglementation de l’usage de ces nouvelles biotechnologies sont un signal d’alarme.
Face à ces constats, POLLINIS demande :
- Un moratoire immédiat sur toute autorisation de pesticides génétiques dans l’Union européenne, tant que ces produits n’auront pas été évalués de manière complète et adaptéePOLLINIS, pétition. ;
- Des évaluations scientifiques indépendantes, complètes et transparentes, incluant des tests adaptés aux spécificités des nouveaux modes d’action de ces produits. Ces évaluations
doivent porter sur l’ensemble du produit, incluant la substance active et ses co-formulants, ainsi que sur les effets à long terme ;- La publication des données utilisées dans le cadre des autorisations et qui permettent de démontrer l’innocuité de ces nouvelles technologies pour les pollinisateurs, la biodiversité et la santé.