Pollinisateurs

Déclin des pollinisateurs : l’évaluation des risques des pesticides ignore un paramètre essentiel

Un article co-écrit par Alexandre Barraud - écotoxicologue membre de l’équipe scientifique de POLLINIS - rappelle l’importance d’une réforme de l’évaluation des risques des pesticides en Europe. Son étude, réalisée sur le bourdon (Bombus terrestris), pointe les dangers d’une exposition conjointe aux pesticides et au stress nutritionnel. Des conditions que subissent fréquemment les pollinisateurs dans les agroécosystèmes.

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Date : 27 novembre 2025
Un bourdon butine une fleur

« Nous appelons à la mise en place de mesures de conservation visant à soutenir les pollinisateurs en leur fournissant des ressources florales adaptées et diversifiées, ainsi qu’à l’amélioration de l’évaluation des risques liés aux pesticides. » C’est la recommandation adressée par Alexandre Barraud, chercheur et membre de l’équipe scientifique de POLLINIS, dans un article publié dans la revue scientifique Science of the Total Environment.

Cet article, co-écrit avec la chercheuse Dalel Askri, se penche sur les effets sublétaux de l’exposition des bourdons (Bombus terrestris) aux pesticides. En effet, au-delà de la mortalité immédiate occasionnée par ces substances, les conséquences d’une exposition à plus long terme sur la santé des pollinisateurs ne sont pas prises en compte dans l’évaluation des risques. De lourdes défaillances dans le protocole de mise sur le marché des pesticides, pointées de longue date par POLLINIS.

Exposition aux pesticides et stress alimentaire : une situation rencontrée par les pollinisateurs dans les milieux agricoles

Ainsi, dans leur article, les chercheurs observent les effets d’une exposition conjointe des bourdons aux pesticides – aussi bien à des insecticides comme le sulfoxaflor, qu’à des herbicides comme le glyphosate – et au stress nutritionnel, à savoir l’absence de nourriture en quantité ou en diversité suffisante.

Peu importe le pesticide auquel le bourdon a été exposé, l’addition de cette exposition à une alimentation insuffisante a ainsi entraîné une modification de son protéome, c’est-à-dire de l’ensemble des protéines exprimées dans ses cellules. De telles modifications laissent entendre que certaines fonctions biologiques du bourdon ont pu être impactées. Dans le cas des bourdons en contact avec des insecticides, les capacités reproductives ont également été affaiblies.

Loin d’être une expérience abstraite, cette étude permet de comprendre les effets de l’exposition aux pesticides pour les pollinisateurs dans des conditions de stress proches de celles connues dans la nature, notamment dans les milieux agricoles. La destruction des haies au profit de grandes surfaces agricoles, ou encore la pratique de la monoculture, réduisent l’abondance et la diversité des fleurs, ce qui peut mettre en péril l’alimentation des pollinisateurs.

Ces nouvelles preuves scientifiques viennent alimenter le travail de POLLINIS. L’ONG plaide ainsi pour une réforme de l’évaluation des risques des pesticides qui prendrait notamment en compte les conditions d’exposition réelle des insectes à ces substances. En parallèle, l’association se bat aussi pour un changement de modèle agricole, permettant d’enrayer le déclin des pollinisateurs.

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