Pollinisateurs Sauvages

Les conditions d’une vie bourdonnante : connaître les besoins des pollinisateurs

Butiner le pollen et le nectar des fleurs, bâtir un nid de pétales ou de feuilles, nourrir sa progéniture, se protéger des prédateurs... Bien que minuscules et méconnus, les insectes pollinisateurs ont des besoins bien spécifiques. En connaître les détails et les subtilités permet de mieux les protéger.

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Date : 13 février 2019
Abeille sauvage en vol fleur violette PIAXABAY CC0

La variété des espèces de pollinisateurs, de leurs habitats et de leurs ressources révèle toute la complexité du vivant. Découvrir les us et coutumes de ces insectes souvent méconnus mais essentiels à la biodiversité, comprendre les subtiles interactions qui régissent la nature, c’est se rendre à l’évidence : les écosystèmes doivent être restaurés et préservés dans leur ensemble. Une approche au cas par cas, pour ne préserver qu’une espèce en particulier, n’est pas pertinente. Il faut une protection globale de l’environnement.

LES PLANTES, SOURCE DE VIE

  • Des habitats et des fleurs

Sol, bois, tiges, feuilles, fleurs et fruits, murets en pierres sèches… les types d’habitat varient selon les espèces. Les pollinisateurs ne se déplacent en général que sur de courtes distances pour s’alimenter, leurs sources de nourriture doivent se trouver dans les alentours. La majorité des abeilles sauvages ne parcourt que quelques centaines de mètres par jour
usherbrooke.ca
. Les abeilles domestiques et les bourdons peuvent toutefois voler sur une distance de plusieurs kilomètres pour butiner.

  • Les protéines du pollen… et les sucres du nectar

Chaque insecte a ses plantes favorites. Les bourdons sont friands des fleurs jaunes orangées des cucurbitacées. La tenthrède rustique Macrophya montana se nourrit principalement sur les ombelles d’apiacées à l’âge adulte, les papillons de nuit préfèrent les fleurs très odorantes qu’ils peuvent repérer de loin.

Abeille sauvage en vol fleur violette PIAXABAY CC0

Les pollinisateurs trouvent dans les corolles des fleurs et sur leurs étamines pollen et nectar pour se nourrir. Le pollen constitue une composante essentielle de leur menu, en particulier pour les abeilles et les coléoptères. Son contenu nutritionnel diffère selon les espèces végétales, les types de sols et de climats. Généralement riches en protéines, acides gras essentiels, ils contiennent des vitamines et des minéraux Henry, 2016 CIAG Abeilles, Avignon, Novembre 2016 nécessaires au développement et à la santé de ces insectes.

Un apport de pollen insuffisant en qualité et en quantité rend les abeilles plus vulnérables face aux pathogènes et aux pesticides, et la colonie s’en trouve diminuée Di Pasquale et al., 2013.  Cela peut aussi affecter la fertilité des insectes mâles (faux bourdons)
Thompson et al 2004
.

Les fleurs sécrètent aussi du nectar, une sève élaborée, produite par leurs nectaires, pour attirer les insectes qui vont les polliniser. Ce suc est un mélange d’eau et de sucres (jusqu’à 70% de sucres, tels que glucose, fructose, saccharose et parfois des sucres complexes ou oligosaccharides) Nicolson S.W., Thornburg R.W. (2007) Nectar chemistry. In: Nicolson S.W., Nepi M., Pacini E. (eds) Nectaries and Nectar. Springer, Dordrecht.. Sa composition dépend toutefois des plantes, du type de sol et du climat.

coquelicots-pixabay-hikaru

  • Des fleurs variées, une floraison étalée

Dans les milieux pauvres en diversité florale (monocultures de colza ou de tournesol, par exemple), les pollinisateurs peuvent souffrir de dysfonctionnements physiologiques journals.plos.org. Sans une alimentation diversifiée, ils sont moins résistants aux maladies 
ncbi.nlm.nih.gov
et moins efficaces dans la réalisation de leurs activités Keller et al., 2005; Alaux et al., 2010.

La diversité florale, avec un étalement des floraisons du printemps à l’automne, fournit une alimentation sur la durée aux insectes. Elle assure la stabilité d’une grande variété d’espèces 
onlinelibrary.wiley.com
et leur résilience en cas de stress
winfreelab.files.wordpress.com
. La ponte des oeufs, ainsi que la survie des insectes adultes durant l’hiver et le stockage de réserves pour les larves jusqu’au printemps suivant, sont aussi favorisés.

La majorité des butineurs sont spécialisés dans la pollinisation d’un petit nombre de plantes locales Les conservatoires botaniques nationaux (CBN), Plantes et Cité et l’AFAC – agroforesterie ont travaillé sur la définition des plantes locales selon différentes écorégions de France :
fcbn.fr
. Ils peuvent en dépendre entièrement pour leur alimentation ou pour la construction de leur nid, et risquent de disparaitre si leurs plantes associées se raréfient. Or les espèces exotiques introduites par l’homme Xerces, 2011a sont parfois invasives et peuvent coloniser leur nouveau milieu au détriment des végétaux locaux… et de leurs pollinisateurs attitrés.

  • Jus et pucerons, un repas complété

De nombreux pollinisateurs adultes complètent leur régime alimentaire avec des feuilles, des fruits, des insectes… Les papillons boivent du jus de fruits fermentés, les mouches consomment des matières organiques en décomposition et le miellat des pucerons.

Pour boire, les pollinisateurs s’abreuvent dans les mares, les rivières, sur les pierres humides, avec l’eau de guttation des plantes et même dans les eaux boueuses des purins
agrobio47.fr
. Une ruche d’abeilles domestiques consomme dix litres d’eau par an. La bouillie qui sert à nourrir les larves (mélange de nectar, pollen, salive et eau), nécessite beaucoup d’eau pour sa fabrication. Les abeilles utilisent aussi l’eau pour réguler la température et l’humidité du couvain, favorisant le bon développement des larves et des nymphes.

  • Le poison des pesticides de synthèse

Les pollinisateurs sauvages, qui se nourrissent de végétaux, sont particulièrement vulnérables aux pesticides. Ces substances toxiques sont une des causes majeures de leur déclin. Elles s’accumulent et contaminent les plantes, l’air, les eaux, les sols, affectant leurs lieux de vie et leurs sources d’alimentation. Le développement de l’agriculture biologique, d’aires naturelles protégées et la sortie progressive des pesticides sont indispensables pour leur assurer un environnement sain.

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SE PRESERVER DES VIRUS, PARASITES ET PREDATEURS

Comme tous les animaux, les pollinisateurs peuvent être affectés par des maladies. Bactéries, parasites et virus… certains ont trouvé des remèdes dans la nature. La nature toujours, peut être une zone de camouflage pour  se soustraire au regard de leurs prédateurs.

  • Une résine protectrice

Les abeilles à miel collectent la propolis, une résine végétale aux propriétés anti-microbienne, pour tapisser les parois de leur ruche. Elles l’utilisent aussi pour  enduire les parasites ou prédateurs qui y pénètrent : ces derniers se retrouvent momifiés vivants.

Les fourmis des bois (Formica paralugubris) récoltent la résine des sapins, dont les propriétés antifongiques et antibiotiques protègent leurs nids des pathogènes 
lejournal.cnrs.fr
.

  • Des plantes médicaments

Selon des travaux de recherche, il apparait que certains insectes se soignent avec des plantes. Lorsque les femelles des papillons monarques sont contaminées par un parasite  (Ophryocystis elektroscirrha ) qui infecte leur système digestif, elles pondent leurs œufs sur des plantes contenant des toxines. Après leur éclosion, les futures larves ingèreront ces plantes « médicaments », qui pourront limiter l’infestation de leur propre organisme par le parasite 
futura-sciences.com/planete
.

  • Des plantes toxiques pour devenir immangeable

Les femelles de la Diane (papillon Zerynthia polyxena) pondent leurs œufs sous les feuilles des aristoloches, un genre de liane. Au bout d’une semaine, les oeufs éclosent et les chenilles se gorgent de ces feuilles qui contiennent des toxines auxquelles elles sont immunisées, et qui vont les protéger des prédateurs
quelestcetanimal.com
.

Les papillons monarques usent de la même stratégie : les plantes-hôtes sur lesquelles ils pondent, les asclépiades, contiennent des stéroïdes toxiques, les cardénolides. Les chenilles vont s’en nourrir, ce qui les rend non comestibles pour les oiseaux qui les convoitent 
onlinelibrary.wiley.com
.

  • Devenir invisible

Certains insectes se protègent des prédateurs en adoptant des techniques de camouflage. Les ailes du papillon Silène se confondent avec l’écorce d’un chêne, ceux de la Hachette avec des feuilles mortes. La phalène du bouleau Biston betularia evolution-biologique.org est un papillon de nuit  qui présente habituellement des ailes claires, lui assurant d’être invisible sur les troncs de bouleaux. Au XIXème siècle, certains spécimens ont commencé à exhiber des ailes sombres dans les régions industrielles anglaises où la suie recouvrait les troncs d’arbres,  ils étaient ainsi moins facilement repérés par leurs prédateurs
futura-sciences.com/planete
.

 

ciboulette-bembles-jhmillard-pixabay

SURVIVRE À L’HIVER

Nombre d’insectes ne vivent qu’une saison. Mais certaines espèces vont entrer en hibernation ou en diapause durant l’hiver. La diapause est génétique, l’insecte est « programmé » pour réduire son activité métabolique. L’hibernation est, elle, conditionnée aux températures et à la photo-période. D’autres, comme  les papillons, vont migrer vers des lieux d’hivernage.

  • Passer l’hiver au ralenti ou au chaud

Les ouvrières des colonies de guêpes sociales meurent au début de l’hiver, mais les femelles fécondées vont survivre au ralenti cachées dans un abri (pierres, écorces, greniers) inra.fr.

En climat tempéré, les papillons citron (Gonepteryx rhamni) adultes survivent au ralenti durant l’hiver, ils ne s’alimentent pas et attendent le retour du printemps pour pondre leurs œufs.

Les carabes (coléoptères) de haute montagne ou des régions arctiques, synthétisent, eux,  du glycérol. Cette substance peut représenter jusqu’à 20% de leur masse corporelle Livre « Secrets d’insectes, 1001 curiosités du peuple à six pattes », et a une fonction d’antigel, abaissant ainsi le point de congélation de leurs liquides vitaux.

  • Des migrations à couper le souffle

Des centaines d’espèces de papillons migrent pour éviter les froideurs de l’hiver. Mais les  changements climatiques à venir pourraient déstabiliser ces phénomènes.

Avant le départ, ils engraissent en se gavant de nectar pour avoir des réserves. Ils prennent ensuite leur envol, portés par les vents, et s’orientent grâce à un système de boussole interne, basé sur les champs magnétiques ou la position du soleil.

Depuis leur villégiature d’été au Canada, les papillons monarque (Danaus plexippus) vont ainsi parcourir 5000 km jusqu’aux forêts mexicaines où ils s’établissent pour l’hiver. Ils feront le voyage dans l’autre sens à la fin de l’hiver.

Pour d’autres encore, les migrations sont verticales : le Cardinal (Pandoriana pandora) et le Petit nacré (Issoria lathonia) passent l’été en haute altitude, puis redescendent la montagne en automne pour pondre leurs œufs sur les violettes, plantes-hôtes de leurs futures chenilles.