Abeilles

Repeupler nos territoires en abeilles noires : l’expérience se poursuit en 2020

Grâce aux dons de ses sympathisants, POLLINIS a lancé il y a deux ans le programme « Repeupler nos territoires en abeilles locales ». Objectif : aider les conservatoires à produire des reines noires pour enrayer la disparition de cette espèce emblématique. Un travail de longue haleine qui porte aujourd’hui ses fruits.

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Date : 13 février 2020

Depuis deux ans, cinq conservatoires d’abeilles noires en France sont soutenus par POLLINIS pour pratiquer l’élevage de reines. L’idée est de lutter contre l’hybridation effrénée qui menace ces abeilles. En effet, face à l’hécatombe qui frappe les ruchers (liée essentiellement aux pesticides), les apiculteurs importent depuis quelques décennies des abeilles d’autres pays qui se croisent avec l’abeille locale et diluent son patrimoine génétique exceptionnel. 

Pour éviter que ces abeilles parfaitement adaptées à la flore et à la faune locales ne disparaissent complètement – elles ont déjà disparu dans certaines régions –, les conservatoires tentent de multiplier la présence de reines noires dans leur « zone tampon », territoire d’au moins 7 km qui borde les ruchers de la « zone cœur ». 

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Dans cet espace dédié du Conservatoire d’abeille noire des Combrailles, réunissant reines vierges et faux-bourdons, ces mâles et femelles fertiles ont toutes les chances de se rencontrer pour donner naissance à de nouvelles générations d’abeilles noires, les plus pures possible. © Canec

Deux stations de fécondation en Auvergne

Dans le Puy-de-Dôme, l’aide financière des sympathisants de POLLINIS a ainsi permis au Conservatoire de l’abeille noire des Combrailles (Canec) de se doter de deux stations de fécondation : des espaces où les apiculteurs peuvent placer de petites ruches (ruchettes ou nuclei) abritant une reine tout juste née ou une cellule royale contenant une reine sur le point de naître, accompagnée de sa cour d’ouvrières, à proximité d’autres ruchettes contenant des couvains de faux-bourdons (mâles), tous de variété locale d’abeille noire. 

Ainsi, toutes les chances sont réunies pour que la reine vierge, lors de son vol nuptial, s’accouple avec ces faux-bourdons voisins réunis en congrégation dans le ciel dans l’attente de cette rencontre. Une fois fécondée, la reine pourra donner naissance à une nouvelle colonie d’abeilles noires locales la plus pure possible.

En 2018 et 2019, le Canec a produit de cette façon plusieurs dizaines de reines fécondées et distribué une centaine de reines vierges à ses adhérents afin qu’elles donnent naissance à des mâles (les faux-bourdons sont en effet le produit d’œufs non-fécondés). « Ça ne fait que commencer, se réjouit Noël Mallet, président du Canec. L’année 2019 a été très difficile à cause d’une forte sécheresse : la production de miel a été divisée par 4 ou 5, donc les colonies n’étaient pas assez fortes pour se multiplier beaucoup. Mais nous sommes maintenant équipés pour produire 200 à 300 reines par an. » 

Le conservatoire, situé à 700 m d’altitude dans un paysage bocager, dispose d’un territoire de 17 km de diamètre dans lequel les apiculteurs tentent de préserver l’abeille noire locale. Mais celle-ci est aussi adaptée à d’autres territoires équivalents en termes d’altitude et de milieu écologique, dans six départements voisins. « Nous aidons des apiculteurs à s’y installer avec des abeilles noires. Nous pourrons leur proposer des essaims et des reines », complète Noël Mallet.

Plusieurs centaines de reines produites en Savoie

Du côté du Conservatoire de l’abeille noire de Savoie (Ceta de Savoie), l’aide financière apportée par les membres de POLLINIS a permis d’embaucher un apiculteur : « Loïc va gérer les ruches du Centre d’études techniques apicoles, l’élevage de reines et leur distribution et il va aussi former d’autres apiculteurs à l’élevage de reines et à la préservation de souches », se félicite Klébert Silvestre, son président. Le Conservatoire a déjà distribué environ 420 reines l’été dernier, en priorité aux apiculteurs savoyards, mais aussi à quelques autres dans les départements voisins.

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Grâce à l’aide de POLLINIS, le rucher de fécondation du Conservatoire de l’abeille noire de Savoie, dans la Vallée des Encombres, a distribué 420 reines aux apiculteurs alentours en 2019. © Alicia Lambert

Au vu de ces résultats, POLLINIS a décidé de poursuivre l’expérience en 2020 pour mettre toutes les chances du côté des conservatoires afin de préserver leurs abeilles noires, que ce soit l’écotypeL’espèce d’abeille à miel, Apis mellifera, regroupe 28 sous-espèces, dont l’abeille noire, endémique en France et dans toute l’Europe du Nord et de l’Ouest. Chaque sous-espèce regroupe encore de nombreux écotypes, ou variétés géographiques, spécifiques de leur environnement local. alpin, capable d’endurer de longs et rudes hivers sous la neige, ou celui d’Auvergne, adapté à ce milieu semi-montagnard, à son climat humide et à sa flore spécifique, en passant par les variétés cévenole, ornaise et francilienne, qui bénéficient aussi de cet ambitieux programme. Les reines ou essaims produits sont ensuite distribués à des apiculteurs expérimentés au plus proche de la zone conservatoire, acquis à la cause de la préservation de l’abeille noire et qui pratiquent une apiculture respectueuse de la biologie de l’abeille.