Sondage : les citoyens contre la modification des espèces sauvages par forçage génétique

Date : 27 janvier 2021

L’humanité devrait-elle relâcher des organismes génétiquement modifiés par forçage génétique dans la nature ? Pour une majorité de citoyens dans huit pays européensCette enquête représentative a été menée en décembre 2020 par l’institut international d’études de marché YouGov qui a interrogé 8 826 citoyens de 8 pays de l’Union européenne : Allemagne, Bulgarie, Danemark, Espagne, France, ltalie, Pologne et Suède. Elle a été commandée par WeMove Europe, Save Our Seeds (Allemagne), Skiftet (Suède), France Nature Environnement (FNE) (France), POLLINIS (France), OGM Dangers (France), Bund für Umwelt und Naturschutz (BUND) (Allemagne), Deutscher Naturschutzring (DNR) (Allemagne), Umweltinstitut München (Allemagne), Za Zemiata (Bulgarie)., la réponse est claire : « Non, les risques sont trop élevés ». Ce premier sondage d’opinion sur le forçage génétiqueLe forçage génétique est une méthode de génie génétique, rendue possible par le « ciseau à gènes » CRISPR/Cas. Les techniques de forçage génétique sont conçues pour modifier la génétique ou pour éradiquer complètement des populations sauvages, telles que les moustiques ou les rats. La dissémination d’organismes forcés génétiquement dans la nature supposerait un changement de paradigme dans la législation européenne en matière de génie génétique. Celle-ci stipule qu’il faut empêcher l’hybridation d’organismes génétiquement modifiés avec des espèces sauvages apparentées. Or, les techniques de forçage génétique ont précisément pour objet de tels croisements et visent à remplacer les populations sauvages par des organismes génétiquement modifiés. Cela reviendrait à modifier génétiquement des écosystèmes entiers. Certains scientifiques sont convaincus que le forçage génétique pourrait aider à contrôler les maladies, les espèces envahissantes ou les parasites agricoles. Un consortium de recherche financé par la Fondation Bill et Melinda Gates planifie actuellement les premiers essais sur le terrain au Burkina Faso dans le but d’éradiquer les moustiques anophèles transmettant la malaria. De nombreux scientifiques avertissent que de tels lâchers dans l’environnement ne peuvent être récupérés ou contrôlés dans le temps et l’espace et qu’ils pourraient avoir des effets graves et irréversibles sur les écosystèmes, la biodiversité, la santé humaine et les systèmes agricoles. Une fois libérés, les organismes forcés génétiquement peuvent se propager et affecter les écosystèmes à l’échelle mondiale. montre une forte opposition (de 46 % à 70 % selon les pays) à l’utilisation de cette technique dans l’environnement, quand seuls 7 % à 16 % des personnes interrogées se déclarent pour. L’enquête conduite auprès de 8 826 personnes est représentative de l’opinion de 280 millions de citoyens européens. Ce sondage a été commandé par neuf ONG qui réclament un débat public et un moratoire mondial sur la dissémination dans l’environnement de ce nouveau type d’organismes génétiquement modifiés. L’enquête révèle également qu’une grande partie des personnes interrogées sont encore indécises (14 % à 27 %) ou ne savent pas comment répondre (1 % à 24 %).

Les organismes génétiquement forcés sont conçus pour propager de manière massive des traits génétiques dans les populations d’espèces sauvages en transmettant automatiquement leur gène « forcé » à toute leur descendance. Ils pourraient de fait permettre de modifier génétiquement ou d’éradiquer des espèces entières en très peu de temps. Les applications proposées du forçage génétique comprennent l’extermination d’insectes (tels que les moustiques transmettant des maladies infectieuses ou les parasites agricoles), la lutte contre les espèces envahissantes (telles que les rongeurs) ou l’élimination de la résistance aux herbicides ou aux pesticides. La forte implication des agences militaires dans ce domaine de recherche indique également l’utilisation potentielle de cette technique comme arme.

« Une technologie aussi puissante, aux conséquences potentiellement irréversibles pour les espèces sauvages et tous leurs écosystèmes, doit être contrôlée par des règles et des procédures internationales strictes de prise de décision. Nous pensons que le lâcher dans l’environnement d’organismes forcés génétiquement en laboratoire ne devrait jamais se produire. Cette technique nécessite a minima la mise en place de normes internationales strictes d’évaluation des risques ainsi qu’une prise de décision démocratique, inclusive et préalable, fondée sur le principe de précaution. Tous les peuples et États potentiellement concernés doivent pouvoir se prononcer en toute connaissance de cause », déclare Mareike Imken de Save Our Seeds, en Allemagne, qui coordonne la campagne européenne « Stop Gene Drive »La campagne européenne “Stop Gene Drive”, en accord avec la résolution du Parlement européen de janvier 2020, demande à la Commission européenne et aux États membres de plaider pour un moratoire mondial sur la dissémination dans l’environnement d’organismes forcés génétiquement modifiés, y compris au cours d’essais sur le terrain, lors de la 15e Conférence des parties à la Convention des Nations unies sur la diversité biologique, qui se tiendra à Kunming, en Chine, à l’automne 2021. Cet appel est soutenu par 78 organisations de la société civile de toute l’Europe et par plus de 260 000 citoyens européens dans le cadre d’une pétition européenne en cours. Tous deux correspondent à un appel signé par plus de 200 organisations dans le monde..

Une grande majorité des personnes interrogées (65 % à 82 %) sont d’avis que tout lâcher dans l’environnement d’organismes forcés génétiquement doit être reporté jusqu’à ce qu’il soit prouvé scientifiquement que leur dissémination ne nuirait pas à la biodiversité, à la santé humaine, à l’agriculture ou à la paix. Une majorité équivalente (61 % à 85 %) estime que l’autorisation de disséminer des organismes forcés génétiquement pouvant se propager d’un pays à l’autre devrait faire l’objet d’un consensus à l’échelle mondiale.

Les résultats de l’enquête indiquent que les Français sont, de tous les Européens interrogés, les plus fortement opposés au forçage génétique (70 % des répondants). De fait, ils souhaitent massivement (70 %) que la preuve soit faite de l’innocuité totale de cette technique avant toute dissémination dans la nature et sont 68 % à vouloir un consensus international avant une telle initiative.  

« Les Français semblent avoir compris que les crises profondes, notamment sanitaire et écologique, que nous subissons appellent des réponses systémiques et non pas uniquement techniques ou technologiques, estime Christian Hosy de France Nature Environnement (FNE). Les questions éthiques et les risques liés au forçage génétique plaident pour son interdiction afin de favoriser et développer l’approche “Une seule santé” (One Health) qui prône depuis plus de 10 ans des mesures intégrées et durables pour la santé publique, animale et environnementale aux échelles locales, nationales et planétaire. »

Pour Hervé Le Meur, d’OGM Dangers, « Le forçage génétique révèle le projet de se rendre comme maîtres et possesseurs de la nature par les “sciences de la vie”. C’est un projet démiurgique qui est la suite logique des OGM transgéniques. Peu importent les avantages et inconvénients : nous nous y opposons totalement. »

« Des entreprises des biotechnologies et des institutions comme l’EFSA, l’autorité sanitaire européenne, envisagent déjà de lâcher dans les écosystèmes des animaux issus du forçage génétique alors même qu’aucun débat citoyen n’a eu lieu sur cette technique qui révolutionne notre rapport à la nature, s’alarme pour sa part Nicolas Laarman, délégué général de POLLINIS. Il est urgent de faire un pas de côté, de s’interroger collectivement, citoyens et chercheurs de toutes les disciplines, pour décider ensemble de l’avenir que nous souhaitons réserver au vivant. »

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