Agriculture et Pesticides / Pollinisateurs Sauvages

« La restauration des haies est une mesure essentielle pour la biodiversité »

« Paysages pour pollinisateurs » permet à des agriculteurs engagés de replanter des haies propices aux pollinisateurs et à la biodiversité. Nicolas Laarman, délégué général de POLLINIS, revient en détail sur ce projet, réalisé grâce au soutien des donateurs de POLLINIS et de spécialistes de l’agroforesterie.

Date : 16 septembre 2020
Laarman-Afac-Quarterons

Nicolas Laarman, délégué général de POLLINIS, échange avec Olivier Chéreau, président de l’Afac Pays-de-la-Loire, au Clos-des-Quarterons, domaine viticole de Saint-Nicolas-de-Bourgueil. © POLLINIS


Des décennies d’agriculture conventionnelle ont défiguré les paysages agricoles et décimé les pollinisateurs sauvages, indispensables butineurs des champs. Nombre de terres cultivées sont devenues des déserts sans vie, des étendues monochromes et hostiles où la multitude des insectes auxiliaires ne trouve plus de subsistance et de lieux où nicher. Pour enrayer ce déclin, l’urgence est de restaurer ces milieux agricoles pour que la biodiversité y prospère à nouveau, que les syrphes, papillons et abeilles sauvages retrouvent des refuges accueillants et des fleurs pour se nourrir. De plus en plus d’agriculteurs sont prêts à s’engager dans cette aventure, et à rétablir des conditions propices à la survie des petits auxiliaires des cultures. Mais ils ont besoin d’un coup de pouce pour y parvenir. Nicolas Laarman, délégué général de POLLINIS, nous explique en détail comment le projet Paysages pour pollinisateurs a été conçu pour les accompagner dans cette démarche.

Le projet « Paysages pour pollinisateurs » propose de reconstituer l’habitat des pollinisateurs en milieu agricole. Dans quel état se trouve cet habitat aujourd’hui ?

Nicolas Laarman : Les pratiques de l’agriculture conventionnelle ont défiguré les paysages agricoles. Mais en détruisant les habitats, elles ont aussi décimé la biodiversité des champs, qui se retrouve aujourd’hui en souffrance. La faune est aussi lourdement impactée par l’usage effréné de pesticides de synthèse qui contaminent l’ensemble de l’environnement. Pour installer des monocultures à perte de vue, les haies, qui abritaient de nombreuses espèces, ont été méticuleusement arrachées afin de créer d’immenses parcelles. 70 % des haies existantes au début du XXe siècle ont aujourd’hui disparu. Et l’arrachage se poursuit au rythme de 8 500 km/an. Les arbres champêtres ont aussi été abattus, et les surfaces en prairies, paradis des fleurs sauvages, sont en recul dramatique…

Cette volonté d’uniformiser les paysages, d’avoir une réponse chimique systématique et d’agrandir toujours plus les parcelles laisse bien peu de chances de survie aux abeilles sauvages, aux papillons et autres insectes auxiliaires des champs. Les pollinisateurs sauvages se trouvent privés de fleurs pour s’alimenter et nourrir leurs larves, privés d’arbres et arbustes où se réfugier, de sols non travaillés pour installer leur nid. Faute d’habitat et de nourriture, ces espèces sont condamnées à décliner.

La restauration des haies est donc une mesure essentielle pour préserver ces animaux. Un réseau dense de haies peut héberger jusqu’à une centaine d’espèces d’insectes différentesAssociation Arbres champêtres et agroforesteries. Recréer ces havres de biodiversité n’est pas seulement bénéfique pour les pollinisateurs, mais aussi pour toute la faune auxiliaire, pour les oiseaux des champs… Cela permet de rétablir des équilibres naturels.

Comment mobiliser les agriculteurs autour de la restauration des haies ? Quels bénéfices peuvent-ils y trouver ?

N. L. : Les agriculteurs ont beaucoup à y gagner. 75 % des plantes cultivées dépendent, au moins en partie, des pollinisateurs pour leur fécondation et certaines productions sont même améliorées par une pollinisation abondanteLire notre article :« Insectes pollinisateurs : des ouvriers agricoles efficaces et irremplaçables ». La restauration des haies peut ainsi permettre d’améliorer le rendement des cultures agricoles.

De plus, les haies améliorent la fertilité du sol (minéralisation des feuilles qui tombent dans le champ) et limitent l’érosion, en particulier pour les parcelles en pente. Elles sont aussi une source intéressante de revenus complémentaires, car elles permettent de produire des fruits, du bois d’œuvre, du bois de chauffage.

Les haies ont donc de multiples atouts, mais les restaurer sur des terres agricoles a un coût non négligeable.

Quel soutien le programme « Paysage pour pollinisateurs » propose-t-il aux agriculteurs ?

N. L. : Les agriculteurs représentent 80 % des gestionnaires de haies en France. Ils sont donc des acteurs clés pour recréer des paysages favorables aux pollinisateurs dans nos campagnes. Mais ils ont besoin d’un soutien financier, car replanter des arbres, des arbustes et des arbrisseaux en quantité suffisante est coûteux, et le retour sur investissement prend un certain temps.

Nous avons donc conçu le projet « Paysages pour pollinisateurs » afin d’épauler les agriculteurs qui souhaitent renouer avec une gestion bocagère de leurs terres, et recréer des havres de biodiversité.

Les agriculteurs ont aussi besoin de conseils pour savoir quels arbres planter, où et comment. Il faut choisir des essences spécifiques favorables aux pollinisateurs, préparer un schéma de plantation, définir un plan d’entretien…

Pour accueillir un maximum d’espèces, les infrastructures agroécologiques comme les haies bocagères, les lignes d’arbres dans les cultures (agroforesterie) ou les prairies diversifiées doivent être composées d’espèces variées, aux floraisons étalées sur l’année. Il faut aussi les répartir et les connecter autant que possible les unes aux autres pour que les animaux puissent s’y déplacer. Enfin, l’entretien des structures existantes ou nouvellement créées doit aussi faire l’objet d’un accompagnement. Cet entretien doit être précis, mais sans excès afin de stimuler la pousse et de permettre l’apparition spontanée de nouvelles espèces…

Comment POLLINIS intervient-elle auprès des agriculteurs partenaires ?

N. L. : Grâce au soutien de ses donateurs, POLLINIS a signé deux partenariats avec des organismes spécialistes dans l’agroforesterie. Avec l’aide de ses partenaires, POLLINIS finance des diagnostics dans les exploitations agricoles pour relever la présence d’arbres et de haies, analyser l’état de la biodiversité et les besoins de la ferme, réaliser les plantations nécessaires, et enfin préconiser des plans de gestion sur le long terme des haies.

Dans le cadre de notre premier partenariat signé en 2018 avec Agroof, un bureau d’études spécialisé dans l’agroforesterie. Nous avons aidé Fabien Perrot, un agriculteur de la Beauce, à replanter des haies sur ses terresLire notre dépêche :« Restaurer d'urgence l'habitat des pollinisateurs : premiers coups de pioche ». Ce projet était très ambitieux, car le paysage beauceron est composé de monocultures céréalières particulièrement désertées et hostiles à la biodiversité. Mais les résultats sont là : un an et demi après les premières plantations, insectes et oiseaux commencent à repeupler les terres de Fabien PerrotLire notre dépêche :« Les haies plantées par POLLINIS rapatrient les insectes dans la Beauce ».

POLLINIS a également signé en 2019 une convention de partenariat avec l’Afac Pays de la Loire. Ce réseau Arbres champêtres et agroforesteries en Pays de la Loire a pour objectif de réunir l’ensemble des acteurs du bocage (haies, mares, prairies, agroforesteries sous toutes ses formes). L’Afac Pays de la Loire vise à assurer la valorisation et le développement du bocage par des appuis techniques, scientifiques, économiques, juridiques, administratifs et culturels. L’Afac Pays de la Loire a donc dans un premier temps sélectionné une quinzaine de fermes, en agriculture biologique ou en cours de conversion, et désireuses de favoriser la biodiversité sur leurs terres… Ensemble, nous allons les accompagner dans ces projets d’agroforesterie sur une durée d’au moins cinq ansLire notre dépêche :« Pays-de-la-Loire : POLLINIS auprès des agriculteurs et de la biodiversité ».

Quels sont les objectifs du projet pour les années à venir ?

N. L. : Au total, la plantation de plus de 8 kilomètres haies et de 632 arbres fruitiers est prévue sur les cinq ans de ce premier partenariat. Sur la période 2019-2020, 2 kilomètres de haies ont déjà été plantés.