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PESTICIDES ET POLLINISATEURS : RECUL DE LA COMMISSION ET MAINMISE DES LOBBYS

Date : 11 juillet 2019

À quelques jours d’un vote crucial pour les pollinisateurs à Bruxelles, et alors qu’une consultation publique – mise à mal par de nombreux dysfonctionnements ayant empêché la participation massive des citoyens européens – se termine ce soir, POLLINIS dénonce le recul de la Commission européenne qui accepte d’abandonner les « tests abeilles » préconisés par l’autorité sanitaire européenne (EFSA), et bloqués par certains pays européens dans l’opacité la plus totale depuis leur publication en 2013.

Ces tests, regroupés au sein de l’EFSA Guidance document on the risk assessment of plant protection products on bees, permettraient d’évaluer enfin la toxicité réelle des pesticides sur les pollinisateurs, avant leur mise sur le marché et de pallier aux graves et nombreuses lacunes du système d’homologation actuel. POLLINIS publie aujourd’hui une note de synthèse qui revient sur l’influence de l’industrie dans ce dossier depuis 2013 afin d’obtenir – précisément – l’abandon de ces tests abeilles.

Les 16 et 17 juillet prochains, un comité réunissant les représentants de la Commission européenne et des ministères de l’agriculture des États membres (le SCoPAFF), doit en effet se prononcer sur une adoption a minima des tests abeilles. Selon des documents confidentiels consultés par POLLINIS, la Commission et le SCoPAFF sont prêts à céder à l’industrie agrochimique en reportant à une date indéterminée certains des tests parmi les plus importants, qui permettraient notamment d’évaluer la toxicité chronique des pesticides, et leur impact sur les larves, les abeilles sauvages et les bourdons. Autant de tests que la procédure actuelle d’homologation – incomplète et obsolète – ne prend pas en compte.

« L’intense lobbying des firmes de l’agrochimie est en train de porter ses fruits : l’Europe pourrait se priver du seul outil scientifique ambitieux et pragmatique qui permettrait d’enrayer le déclin des pollinisateurs, en testant la toxicité réelle des pesticides sur les abeilles, estime Nicolas Laarman, délégué général de POLLINIS. L’opacité inacceptable qui entoure les discussions du SCoPAFF pose question quant à la transparence et la représentation démocratique des institutions européennes ».

POLLINIS avait saisi la Médiatrice européenne pour dénoncer ce manque de transparence et le refus de la Commission de lui octroyer l’accès aux documents concernant les tractations du SCoPAFF, accès pourtant garanti par le droit européen. La Médiatrice a donné raison à l’association en mai 2019 et réprimandé la Commission pour « mauvaise administration ».

La pétition européenne de POLLINIS qui exige l’adoption de l’intégralité des lignes directrices de l’EFSA compte déjà plus de 120 000 signatures.