Abeilles

Sept ans de réflexion (et d’actions) : La Vallée de l’abeille noire a pris son envol

Grâce au soutien de ses donateurs, POLLINIS a accompagné La Vallée de l'abeille noire durant sept ans. Ce projet autour de l'abeille noire, ambitieux et poétique, a vu le jour dans les Cévennes, alliant avec succès culture, agriculture et conservation. Aujourd'hui, le projet vole de ses propres ailes et inspire d'autres initiatives autour des butineuses.

CATÉGORIES :
Date : 26 mai 2021

La Vallée de l’abeille noire est née de la volonté et des rêves d’Yves Élie Laurent, fondateur de l’association L’Arbre aux abeilles, et de Chantal Jean, apicultrice. Tous deux voulaient réhabiliter un terrain de 20 hectares situé le long du Tarn, en plein cœur du Parc national des Cévennes, pour offrir un cadre de vie sain et nourricier aux pollinisateurs, à commencer par Apis mellifera mellifera, abeille noire locale, menacée par les pesticides, la dégradation de son environnement et les risques d’hybridation.

Bénéficiant de l’aide de plusieurs bénévoles et mécènes, notamment du soutien logistique et financier de POLLINIS entre 2013 et 2020, La Vallée de l’abeille noire a pris racine et est devenue aujourd’hui un véritable havre pour les butineurs. Début avril 2021, Yves Élie a publié aux éditions Actes Sud un livre POLLINIS, 11 mai 2021. Publication du livre « La Vallée de l’abeille noire » : retour d’expériences.intitulé La Vallée de l’abeille noire, qui retrace la genèse et les moments clefs de cette expérience. Une aventure pleine d’espoirs, qui bénéficie désormais de divers soutiens et inspire d’autres initiatives.

La vallée de l'abeille noire

Le verger de La Vallée de l’abeille noire compte actuellement une soixantaine d’arbres fruitiers, des essences locales, parfaitement adaptées aux conditions climatiques du site. ©Ph. Besnard/POLLINIS

Des arbres fruitiers aux fleurs nectarifères

Le printemps a beau être capricieux cette année, les abeilles des quelque 150 ruches de La Vallée se régalent des fleurs du verger, conçu en collaboration avec l’association Vergers de Lozère. Depuis 2018, une soixantaine d’arbres fruitiers ont ainsi été plantés : pruniers, poiriers, pommiers, cerisiers, pêchers de vigne, noisetiers, plaqueminiers… Résistants aux rudesses du climat local (aridité et grands écarts saisonniers de températures), sans aucun traitement pesticide ou irrigation, ces arbres assurent aux pollinisateurs de faire bombance une grande partie de l’année.

« On a choisi principalement des variétés très locales, acclimatées à cette vallée au sol granitique et sableux qui retient peu l’eau, explique Albert Douchy, pépiniériste qui a fournit les arbres et membre de Vergers de Lozère. Les étés étant très secs, il faut que les arbres puissent aller puiser seuls l’eau du Tarn. On a vraiment essayé de créer un petit jardin d’Éden ». Du côté des pommiers justement, on trouve des fruits du coin, comme la Djaleï (qui signifie « gelée » en cévenol), à la chair croquante et sucrée légèrement translucide, ou encore la Bouscasse du Bayle, toute ronde et reconnaissable à la gibbosité au niveau de son pédoncule.

Avec Verger de Lozère et l’association Terres arboricoles cévenoles, la collection d’arbres va être augmentée et étendue sur les prairies, en respectant les principes de l’agroforesterie. À terme, l’idée est de mettre à disposition du public et des collectivités locales des arbres à fleurs issus de la vallée.

L’expérience agricole

Pendant trois ans, entre 2017 et 2019, deux parcelles ont été dévolues à une culture locale tombée dans l’oubli, le sarrasin, qui présente un grand intérêt pour tous les pollinisateurs du fait de sa floraison longue et abondante. Dix quintaux par hectare ont été récoltés, toujours sans traitement chimique ni irrigation. Mais faute d’avoir trouvé un agriculteur désireux de reprendre et développer cette culture dans la vallée, les champs de sarrasin ont fait place à une immense prairie fleurie.

CP9A0640
La Vallée de l’abeille noire entend offrir des ressources en nourriture variées et durables aux pollinisateurs locaux. Ici, des abeilles butinent des fleurs de sarrasin. ©Ph. Besnard/POLLINIS

Dix-neuf variétés de fleurs sauvages mellifères ont ainsi été plantées, parmi lesquelles des coquelicots, des bleuets, de la chicorée sauvage, de la vipérine vulgaire ou encore de la mauve musquée. « On constate qu’il y a de nombreux pollinisateurs dans la vallée à présent. Il est difficile pour nous de comptabiliser les abeilles, mais on se rend compte que le nombre d’oiseaux est bien plus important qu’avant la mise en place du projet. Et qui dit plus d’oiseaux dit plus d’insectes ! », se réjouit Yves Élie.

Le rucher-tronc

Le projet n’aurait pas été complet sans un rucher-tronc, cet édifice apicole traditionnel des Cévennes. Un tout nouveau rucher pédagogique a donc été construit, avec des ruches creusées dans du châtaignier, un bois imputrescible, qui constituent l’habitat ancestral des abeilles cévenoles. À l’intérieur, elles y mènent une vie très proche de l’état sauvage.

L’escalier sur lequel sont posées les ruches est bâti en granit, la pierre locale, et chaque ruche est surmontée d’une lauze en schiste qui permet d’emmagasiner la chaleur en journée pour la restituer la nuit. Ce rucher-tronc compte actuellement 7 ruches – prochainement complétées par 5 autres – et constitue un outil de transmission de savoir-faire apicole de premier plan. L’apiculture pratiquée dans ces ruchers troncs dérange le moins possible les abeilles ce qui n’est pas toujours  le cas dans l’apiculture moderne.

rucher tronc VAN 1
L’équipe de POLLINIS a participé en juillet 2018 à la construction du rucher-tronc pédagogique de la Vallée de l’abeille noire. Il compte actuellement 7 ruches peuplées de colonies. ©POLLINIS

Une visée pédagogique

Le site de La Vallée de l’abeille noire accueille régulièrement du public pour des visites libres ou commentées. Ces journées d’initiation permettent à une centaine de personnes environ par an de se familiariser avec la biologie de l’abeille et l’apiculture respectueuse des abeilles et pollinisateurs locaux. Selon Yves Élie, « La Vallée est devenue l’une de deux plus importantes attractions touristiques du coin. Elle accueille des publics très divers, des personnes âgées, des jeunes footballeurs en formation dans la région, des étrangers… »

Pour Nicolas Laarman, le délégué général de POLLINIS, « La Vallée de l’abeille noire est un lieu de transmission qui permet de faire découvrir des pratiques agricoles et apicoles en phase avec les pollinisateurs, des insectes essentiels non seulement à l’agriculture mais aussi à l’ensemble du vivant. POLLINIS est fière d’avoir accompagné ce projet . »

inspectionruche_DSC6624 Thierry Verzon
Une apiculture respectueuse des abeilles : c’est le message que veulent faire passer Yves Élie Laurent et Chantal Jean dans leur Vallée de l’abeille noire. ©T. Vezon

Le rôle de POLLINIS

Grâce aux dons de ses sympathisants, POLLINIS a pu apporter un soutien décisif au développement de La Vallée de l’abeille noire. Son aide financière a permis de concrétiser les différentes étapes du projet : payer le bail du terrain agricole, débroussailler, replanter, greffer, relancer la culture de plantes locales mellifères et la plantation du verger, installer des ruches supplémentaires dans le conservatoire, construire le rucher-tronc pédagogique…

POLLINIS a aussi permis de recueillir des données scientifiques : Ophélie Toudic, dans le cadre de ses études en génie biologique à l’IUT d’Avignon, avec l’appui de Lionel Garnery, chercheur au CNRS et spécialiste de l’abeille noire, ont étudié la diversité génétique de la population d’abeilles locales et les ressources mellifères du lieu. Le terrain a été analysé par des experts pour s’assurer de l’absence d’intrants chimiques dans les eaux et les sols, et pour mettre en place les conditions favorables à la plantation d’arbres fruitiers et à la culture de sarrasin. L’aide financière de l’association a également permis de salarier une personne pendant un an et demi pour développer des partenariats locaux. 

La Vallée essaime

Comme POLLINIS l’espérait, le projet a prouvé qu’il était reproductible. Un projet d’éco-tourisme privé autour de la préservation des pollinisateurs est ainsi en cours d’élaboration sur le Causse de Sauveterre, avec la plantation d’une forêt mellifère. Dans le Vaucluse, aux pieds du Mont Ventoux, la ville de Pernes les Fontaines a conclu un partenariat avec L’Arbre aux abeilles pour développer un conservatoire de l’abeille noire.  À l’initiative de François Vachet, apiculteur et ancien responsable de la communication de la mairie, une dizaine de ruches ont été installées en mai 2020 dans un espace naturel protégé de plusieurs dizaines d’hectares.

« La municipalité était déjà sensibilisée à la problématique de la mortalité des abeilles. Quand j’ai proposé aux élus de lancer un projet sur le modèle de celui de la Vallée de l’abeille noire, ils ont immédiatement dit oui », se souvient l’apiculteur qui pilote actuellement le site. En un an, ont été plantés thym, romarin, sauge, lavande, abricotiers, pommiers, amandiers, pruniers… « Uniquement des essences adaptées au territoire calcaire d’ici et qui ont toutes des propriétés pollinifères et nectarifères », précise-t-il.

Des soutiens diversifiés

L’attrait éco-touristique de la Vallée de l’abeille noire a permis de sensibiliser les élus locaux, à commencer par ceux du Pont-de-Monvert, mais aussi des communes voisines (Communauté de Communes des Cévennes au Mont Lozère) à l’intérêt que représente ce type de projet pour le développement de leur territoire. Grâce à leur soutien, L’Arbre aux abeilles a même obtenu une aide de l’Union européenne, via son fonds Leader qui finance des projets de développement rural menés par des acteurs locaux.

Prochaines étapes : ceindre le verger d’une clôture anti-cervidés, rebâtir un abri agricole pour en faire un point d’information et de formation, mettre en place des panneaux pédagogiques sur chaque espèce végétale favorable aux pollinisateurs, acheter des tenues apicoles pour les visiteurs… « La Vallée de l’abeille noire est un projet ambitieux, qui demande de l’énergie, des financements, des compétences. L’aide de POLLINIS a été déterminante, elle lui a donné un véritable coup de fouet. Il est maintenant pérennisé », se réjouit Yves Élie.


Cet article vous a intéressé ? Pour connaître les actions de POLLINIS en faveur des abeilles noires :

TOUT SAVOIR SUR LA VALLÉE DE L’ABEILLE NOIRE

DÉCOUVRIR LES RUCHERS-TRONCS RESTAURÉS PAR POLLINIS