Agriculture et Pesticides

SDHI : POLLINIS a remis sa pétition à la Commission européenne et au Parlement

Date : 17 juin 2022

POLLINIS a remis mercredi à la Commission européenne et au Parlement une pétition demandant un retrait immédiat de tous les pesticides de la classe SDHI (succinate deshydrogenase inhibitors), massivement utilisés en agriculture en dépit de risques potentiels pour les abeilles, l’environnement et la santé. Cette pétition a reçu un soutien massif des citoyens avec plus de 420 000 signatures et demeure ouverte.

La députée européenne Michèle Rivasi (Verts/ALE), qui a organisé l’événement à Bruxelles, a reçu la pétition au nom du Parlement européen. Cette pétition a également été remise à Brian Kilgallen, coordinateur pour les affaires institutionnelles et représentant de la Commission. Lors de la conférence de presse qui a suivi, POLLINIS a invité le Pr. Pierre Rustin, directeur de recherche au CNRS/INSERM et spécialiste des maladies mitochondriales, à prendre la parole.

« Après le glyphosate et les néonicotinoïdes, les scientifiques et les citoyens se mobilisent pour obtenir l’interdiction des pesticides SDHI, des tueurs d’abeilles dernière génération, indique Nicolas Laarman, délégué général de POLLINIS. La Commission européenne et les agences sanitaires comme l’EFSA et l’ANSES doivent entendre ces alertes fondées sur la science indépendante et retirer du marché de toute urgence tous les pesticides dangereux pour la santé, les abeilles et la biodiversité. »

Michèle Rivasi souligne pour sa part que : « La remise de cette pétition au niveau de la Commission est très importante car c’est elle qui décide de la réévaluation des pesticides par l’intermédiaire de l’EFSA, l’agence sanitaire européenne. Nous savons depuis longtemps que les protocoles qui ont permis la mise sur le marché de nombreux pesticides ne sont en réalité pas capables de détecter leur toxicité réelle. »

Alors que les SDHI sont toujours déversés en quantité industrielle en Europe, ils font l’objet d’une alerte scientifique initiée en 2017 par le Pr. Rustin, et Paule Bénit, ingénieure de recherche à l’INSERM et spécialiste des maladies mitochondriales. Pierre Rustin a rappelé mercredi devant les parlementaires que : « Cela fait cinq ans que nous avons été amenés à attirer l’attention sur l’extrême danger des pesticides SDHI, vendus prétendument comme fongicides. Les SDHI n’ont pas, comme nous l’avons vérifié expérimentalement, de spécificité quant à leur cible, ils vont pouvoir affecter la respiration des cellules chez tous les êtres vivants. L’utilisation de tels pesticides est juste une folie. »

Les effets toxiques des SDHI sur les cellules de nombreux organismes (poisson zèbre, abeilles, rat, cellules humaines…) ont été démontrés par la recherche. Alors même que ces données inquiétantes s’accumulent, le boscalid, l’un des SDHI les plus utilisés en Europe, a vu son autorisation prolongée pour la cinquième année consécutive en mai dernier, sans que la réévaluation obligatoire de sa toxicité par l’EFSA n’ait été finalisée.

La députée européenne Sarah Wiener (Verts/ALE), qui est rapporteur fictifParlementaire qui n’est pas signataire du rapport mais qui suit tout au long de la procédure l’élaboration du travail pour le compte d’un groupe politique. pour le projet de révision de la directive européenne de 2009 sur l’utilisation durable des pesticides, a conclu la conférence de presse en fustigeant le rôle des lobbys : « Les lobbys de l’agro-industrie qui s’opposent à la stratégie européenne « De la Ferme à la fourchette » sont l’une des fédérations les plus puissantes. Ils se servent en ce moment de la guerre en Ukraine pour dire qu’il n’y a plus rien à faire pour l’environnement. »

En deux jours, une trentaine de députés européens ont d’ores et déjà manifesté leur soutien à la pétition de POLLINIS. Cette pétition reste ouverte, et l’association poursuit sa campagne d’information et de mobilisation pour dénoncer ce nouveau scandale sanitaire et environnemental.